La ville d’Aden a été le théâtre de violents affrontements ce jeudi. Alors que les nouvelles autorités yéménites, reconnues par la communauté internationale, tentaient de s’installer formellement, une tentative d’intrusion a forcé les forces de sécurité à ouvrir le feu, marquant une nouvelle rupture politique dans la région.
L’incident s’est produit aux abords du palais présidentiel d’al-Maashiq. Le Premier ministre Shaya Mohsen al-Zindani y tenait la toute première réunion de son gouvernement. Selon l’agence de presse Saba, la session s’est déroulée dans un climat de forte contestation qui a rapidement dégénéré lorsqu’une foule affiliée au Conseil de transition du Sud (STC), un groupe sécessionniste, a tenté d’en forcer les grilles.
Les images exclusives obtenues par la chaîne Al Jazeera témoignent de la violence de la riposte et montrent plusieurs victimes sur place. Le bilan fait état d’au moins un mort. Si les sources sécuritaires évoquent onze blessés, le STC avance de son côté le chiffre de vingt-et-une personnes touchées lors de la dispersion.
Dans un document consulté par Al Jazeera, le Comité de sécurité du gouvernorat d’Aden a justifié l’intervention de ses hommes. Les autorités affirment avoir répondu de manière légale à des manifestants armés venus perpétrer des « actes de sabotage », prévenant qu’elles ne toléreraient aucune implication dans des actions visant à semer le chaos ou à attaquer les forces de l’ordre.
De son côté, le STC a fermement condamné ce qu’il qualifie d’usage excessif de la force et de tirs à balles réelles. Le mouvement réclame la création d’une commission d’enquête et en appelle à la communauté internationale face à ce qu’il décrit comme une « répression systématique » ciblant les habitants des provinces méridionales.
Dès le lendemain, la fracture s’est officiellement élargie. Le groupe armé a publié un communiqué refusant de reconnaître la légitimité du nouveau gouvernement. Le STC qualifie la présence de l’exécutif à Aden d’« autorité de fait » dépourvue de soutien populaire, avertissant que cette installation n’engagera politiquement en rien les représentants du Sud.
Cette crise s’inscrit dans un rapport de force persistant. Formé en 2017 et soutenu par les Émirats arabes unis, le STC contrôlait Aden et une grande partie du sud du pays jusqu’à ce qu’une offensive gouvernementale, appuyée par l’Arabie saoudite, ne le repousse début janvier. Le Yémen reste par ailleurs profondément fracturé depuis 2014 et la prise de la capitale, Sanaa, par les rebelles Houthis.