Une prévalence jugée irréaliste par les experts locaux : pourquoi les résultats de l’enquête GATS sont contestés point par point

Une nouvelle enquête internationale présente le Sénégal comme un modèle de réussite dans la lutte contre le tabagisme, chiffres à l’appui. Pourtant, cette image flatteuse est vigoureusement rejetée par les acteurs de la société civile, qui dénoncent un décalage complet avec la réalité observée sur le terrain et pointent du doigt l’inapplication des textes réglementaires.

Selon les données rapportées par Sud Quotidien, l’enquête Global Adult Tobacco Survey (GATS) 2025 dresse un bilan particulièrement positif des politiques publiques sénégalaises. L’étude indique une baisse de la consommation de tabac supérieure à 25 % chez les adultes par rapport à la première édition de l’enquête réalisée en 2015. Les statistiques avancées font état d’un taux de fumeurs estimé à seulement 4,4 % de la population adulte en 2023, toutes formes de consommation confondues (tabac fumé, chauffé ou sans fumée). Dans le détail, la prévalence s’établirait à 8,2 % chez les hommes et 0,8 % chez les femmes.

Ces résultats, qui placeraient le Sénégal parmi les nations africaines les plus performantes en la matière, sont attribués par les auteurs de l’enquête à l’efficacité des lois nationales et au respect de la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

**Une « manipulation » dénoncée par la société civile**

Cette lecture optimiste de la situation sanitaire se heurte à une contestation radicale de la Ligue Sénégalaise Contre le Tabac (LISTAB). Dans un communiqué, l’organisation prend le contre-pied des conclusions du GATS, qualifiant les chiffres publiés de « manipulation, de désinformation et d’infox ». Pour la LISTAB, ces données ne reflètent en rien la réalité quotidienne du pays.

Loin de constater un recul, l’organisation alerte sur une hausse de la prévalence tabagique. Amadou Moustapha Gaye et ses collaborateurs estiment que les résultats présentés ne peuvent logiquement découler des instruments de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), car ceux-ci ne seraient pas effectivement appliqués.

**L’application de la loi de 2014 en question**

Le cœur de l’argumentation de la LISTAB repose sur le manque de mise en œuvre des engagements pris par l’État. Bien que le Sénégal ait ratifié la convention de l’OMS dès 2005 et adopté une loi antitabac le 14 mars 2014, l’organisation souligne l’absence de textes d’application concrets. « Des dispositions réglementaires essentielles destinées à renforcer cette loi n’ont jamais été concrétisées », précise la structure.

La responsabilité de cette stagnation est directement imputée à l’administration sanitaire. La LISTAB reproche aux ministres successifs de la Santé de ne pas avoir apporté de réponses tangibles à la problématique, laissant ainsi perdurer un environnement favorable à la consommation de tabac, contrairement à ce que suggèrent les indicateurs internationaux.

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