L’Ukraine a relancé, puis de nouveau visé, l’infrastructure de l’oléoduc Droujba, un corridor énergétique qui traverse son territoire et alimente notamment la Hongrie et la Slovaquie en pétrole russe. Au coeur de ce dossier, un prêt de 90 milliards d’euros débloqué par l’Union européenne le 23 avril, après la levée d’un veto hongrois.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, Budapest a accepté de retirer son blocage après la remise en service de l’oléoduc, endommagé après une frappe russe signalée le 27 janvier sur une station de pompage en Ukraine. Kiev avait alors expliqué que la zone était trop dangereuse pour y envoyer des équipes de réparation. La Hongrie et la Slovaquie affirment dépendre de Droujba comme seule source de brut, tandis que l’Ukraine soutient que ces achats continuent d’alimenter l’effort de guerre russe.
L’an dernier, les deux pays ont reçu par cet oléoduc 9,25 millions de tonnes de pétrole, pour une valeur de plus de 4 milliards de dollars. Le flux a repris le 23 avril. Le Premier ministre slovaque Robert Fico a alors déclaré que « l’oléoduc Droujba et le pétrole avaient été utilisés comme outils dans une lutte géopolitique ». De son côté, le Premier ministre hongrois Viktor Orban avait demandé, dès le 3 mars, à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen de faire respecter l’obligation de l’Ukraine de laisser circuler le pétrole.
Des inspections européennes et hongroises ont ensuite été réclamées pour vérifier l’ampleur des dégâts. Une équipe hongroise arrivée à Kiev le 14 mars, puis une équipe européenne dépêchée trois jours plus tard, n’ont pas pu accéder au site, d’après Al Jazeera. Dans ce contexte, Orban était revenu sur son feu vert donné en décembre au prêt européen. Le média qatari rapporte également que l’Ukraine a réparé l’oléoduc après la défaite électorale d’Orban le 12 avril, qui a porté Peter Magyar vers le pouvoir en Hongrie.
Parallèlement, Kiev semble désormais chercher à neutraliser durablement cette voie d’exportation en frappant des installations situées en Russie. Le 23 février, le service de sécurité ukrainien, le SBU, a incendié la station de pompage de Kaleykino au Tatarstan, à environ 1 000 kilomètres de l’Ukraine. Le 21 avril, il a aussi attaqué une station de Transneft-Privolga dans la région de Samara, endommageant cinq réservoirs de brut de 20 000 tonnes chacun.
Ces frappes ont eu des effets plus larges que les seules livraisons vers la Hongrie et la Slovaquie. Reuters a estimé le mois dernier qu’elles avaient contribué à priver la Russie de 40 % de sa capacité totale d’exportation et forcé une baisse de production de 500 000 barils par jour par rapport à la fin de l’année 2025. Sur le plan politique, la Hongrie a bloqué en juin 2025 l’ouverture des discussions d’adhésion de l’Ukraine à l’UE, avant que Peter Magyar n’annonce son intention d’organiser un nouveau référendum sur ce sujet. La Slovaquie de Robert Fico a également rejoint la Hongrie pour bloquer ces discussions et un 18e paquet de sanctions contre Moscou.