La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) affiche des réserves financières sans précédent. Selon les informations publiées par Seneplus, ses avoirs extérieurs nets ont grimpé à 7 468,5 milliards FCFA à fin avril 2025, contre 2 045,7 milliards un an plus tôt. Une multiplication par près de quatre qui interroge sur l’usage de ces fonds.
Cette envolée spectaculaire est le fruit d’un durcissement réglementaire opéré en 2024. La BCEAO a imposé le rapatriement obligatoire des recettes d’exportation et des flux d’investissements étrangers, sous le contrôle de comités nationaux de suivi. Résultat : les devises issues des ventes d’or, de cacao ou de coton ne restent plus à Monaco ou Dubaï, mais atterrissent désormais dans les caisses de la banque centrale. Les États eux-mêmes doivent déclarer leurs comptes offshore. En 2024, 24,2 % des recettes d’exportation du Sénégal hors UEMOA n’étaient pas rapatriées, un manque représentant 3,5 % du PIB national.
Pourtant, ce trésor de guerre ne soulage pas les économies de la zone. Le Sénégal, dont le déficit budgétaire s’est resserré de 13,4 % à 6,4 % du PIB en 2025, reste étranglé par une dette publique élevée. Le Fonds monétaire international, qui ne ferme pas la porte à une restructuration de cette dette, insiste sur la suppression des subventions à la consommation et un rééchelonnement.
Cette situation pousse des voix alternatives à émerger. Lors d’un forum organisé à Dakar en mai 2026, l’économiste Demba Moussa Dembele a dénoncé l’échec des recettes du FMI au Sénégal depuis plus de 45 ans, plaidant pour une rupture avec l’austérité.
