Dans les années 1970, l’université de Dakar est un bastion de la pensée senghorienne, mais la contestation gronde. Léopold Sédar Senghor, président-poète, promeut sa négritude, mais une majorité d’étudiants s’y opposent. « Ceux qui contestaient Senghor en tant qu’étudiants étaient majoritaires », se souvient l’historien Buuba Diop, cité par RFI Afrique.
C’est dans ce climat qu’émerge la figure de Cheikh Anta Diop. L’intellectuel sénégalais, auteur de Nations nègres et culture, défend une thèse radicale : la civilisation égyptienne antique était noire africaine, socle de toute renaissance du continent. Une vision qui heurte frontalement Senghor. « Pour Senghor, “l’émotion est nègre comme la raison est hellène”. Cheikh Anta Diop ne pouvait pas être d’accord », explique l’historien. La sociologue Fatou Sow, témoin de l’époque, décrit un mélange de « respect pour cet homme brillant » et d’« aversion pour ce qu’il écrivait ».
L’affrontement porte aussi sur les langues. Senghor défend le français ; Diop milite pour les langues africaines, en particulier le wolof. Jusqu’en 1981, il n’a pas le droit d’enseigner l’histoire. Relégué à l’Institut fondamental d’Afrique noire, il y crée un laboratoire de datation au carbone 14, alliant physique nucléaire et recherche sur les origines africaines.
Sur le campus, les occasions de l’entendre sont rares. Fatou Sow se rappelle une conférence organisée par l’Association des historiens africains. Cheikh Anta Diop n’était pas invité. Des amis insistent pour qu’il soit convié. « Il a parlé tout seul. Personne n’a bougé dans la salle », raconte-t-elle à RFI Afrique, y voyant un moment fondateur.
Cheikh Anta Diop meurt en 1986, à 62 ans. Un an plus tard, l’université prend son nom. Une reconnaissance posthume que beaucoup jugent tardive. En février 2026, l’UCAD fait son entrée dans le classement mondial de Times Higher Education, selon Jeune Afrique. Pourtant, le wolof qu’il défendait comme langue d’enseignement n’a toujours pas intégré les programmes de l’université Cheikh Anta Diop.
