La mésintelligence, survenue à Koumpétoum lors de la cérémonie officielle du festival Pencum Niany, opposant un représentant de l’État à des députés de la Nation, atteste avec acuité le choc de pouvoir : préséance contre bienséance. Cette dissension reflète la confirmation de la soif de domination et l’hypertrophie du moi dont font montre certaines de nos autorités. Cet épisode nous sert de toile de fond pour essayer d’analyser pourquoi ces forces s’affrontent-elles et quelles conséquences encourent le Sénégal ?
« Le pouvoir rend fou, et le pouvoir absolu rend absolument fou », John Emmerich Dalberg-Acton.
Voir, à la place publique, des autorités s’adonner à un tel spectacle est non seulement triste et lamentable mais également indigne et ridicule. Si le préfet et le député ont la conscience qu’ils sont des serviteurs de l’État avec pour mission de servir le peuple où est donc la place à cette « rivalité ». Ce scénario est a classé dans les tablettes du vertige de la puissance. Vertige du jamais assez dans une logique que si la puissance n’est pas augmentée, elle diminue. Or, cette démonstration des rapports de force (préséance vs bienséance) entre les pouvoirs publics, fragilise la symbolique de l’État et les exigences de la courtoisie républicaine. Ces attitudes que nous condamnons, nous interpellent et suscitent en nous un profond questionnement sur nos rapports entre nous et le pouvoir et nos rapports entre nous-mêmes dans nos relations avec les autres.
En fait, La préséance (la hiérarchie) : C’est l’aspect organisationnel. Elle établit l’ordre des rangs lors de cérémonies ou de repas officiels. Son but est d’éliminer toute ambiguïté ou rivalité en fixant une place précise pour chacun. La bienséance (le « savoir-vivre ») : C’est l’aspect qualitatif. Elle définit les codes de conduite, de langage et de tenue pour ne pas brusquer autrui. Son but est de rendre la cohabitation agréable par la courtoisie
A cet effet, nous comprenons aisément qu’elle (préséance) soit éditée et consignée par des codes et des règles écrites ou qu’elle (bienveillance) ne soit pas écrite, préséance et bienséance servent un objectif commun : maintenir l’harmonie sociale et éviter les conflits au sein d’un groupe.
Cependant, vouloir faire primer l’une sur l’autre conduit éventuellement à un choc inévitable. Bien qu’elle soit définie par des textes, la préséance ne saurait être interprétée comme un privilège personnel ni comme un instrument de domination qu’on se servirait pour humilier ou intimider une autre autorité mais plutôt se lire, se comprendre et se traduire en acte comme un agencement fonctionnel des pouvoirs publics.
Dès lors, la préséance, ne saurait imposer à une autre autorité qu’elle qu’en soit Exécutif, Législatif, Judiciaire, collectivités territoriales ou autorité administrative indépendante, de se lever lors de l’entrée d’une autorité, d’applaudir…. Toute autorité qui le fait applique la bienséance qui ne relève pas à de la soumission mais découle de la courtoisie républicaine qui exprime le respect dû à l’institution incarnée.
Vouloir primer la préséance sur la bienveillance conduit à l’affrontement menant à des conséquences. Ainsi, nous pouvons citer quelques conséquences à savoir :
L’effondrement de la culture : La bienveillance est perçue comme une faiblesse, et le protocole devient une arme pour humilier plutôt qu’un cadre pour ordonner.
Le règne de l’arbitraire : Le « super pouvoir » n’obéit qu’à ses propres pulsions, rendant toute structure de préséance obsolète ou purement décorative.
L’épuisement des talents : Les profils constructifs se retirent, laissant place à une cour de courtisans ou à un champ de bataille permanent.
En définitive, préséance et bienséance sont deux forces bien que distinctives œuvrent pour un objectif commun. Vouloir faire primer l’une sur l’autre c’est ouvrir à l’affrontement car si l’une perd sa légitimité au profit l’autre force, cela fragile sur le long terme et conduit à une cacophonie nourrie par les égos et l’envie du superpouvoirs de certaines autorités.
*Nicolas Silandibithe BASSENE