Sénégal : l’aide publique à la presse jugée peu efficace malgré 30 ans de soutien

Au Sénégal, l’aide publique destinée aux médias, instaurée depuis 1996, continue de susciter de fortes réserves chez de nombreux acteurs du secteur. Malgré son maintien et son évolution institutionnelle, plusieurs professionnels estiment qu’elle n’a pas permis d’améliorer durablement la situation économique des entreprises de presse ni les conditions de travail des journalistes.

Le débat s’est ravivé autour du Fonds d’appui et de développement de la presse, appelé FADP depuis 2021. Le journaliste Mactar Silla, dans un entretien avec Ouestaf, estime que ce soutien de l’État n’a pas d’effet marquant sur la santé économique des médias. Il considère cette aide utile sur le principe, mais insuffisante face à des entreprises qui restent, selon lui, dans une logique de survie. Le sociologue des médias Mor Faye, de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, défend un constat proche. Il estime que cette subvention n’a pas changé la structuration des entreprises de presse, ni la protection sociale des journalistes.

Cette critique est aussi portée par la Convention des jeunes reporters du Sénégal. Son président, Mamadou Diagne, appelle à une réforme du mécanisme, en expliquant que l’entreprise est soutenue sans que le reporter en voie clairement les effets. Même position au Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie, où Mamadou Thior plaide pour davantage de transparence dans l’usage des fonds, une régularisation des contrats et le respect des cotisations sociales.

Le passage de l’ancienne aide à la presse au FADP, introduit par le code de la presse de 2017, devait pourtant renforcer la professionnalisation du secteur. Mais la distribution des financements continue d’alimenter les critiques. La répartition du fonds pour 2025 a encore été contestée. Le ministère de la Communication a publié le rapport de gestion du FADP 2025 le 7 avril 2026, après de fortes pressions venues du secteur. Le lendemain, le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal a dénoncé de graves irrégularités et annoncé son intention de saisir les juridictions compétentes.

Sur le principe, plusieurs intervenants rappellent toutefois que l’appui public à la presse n’a rien d’exceptionnel. L’objectif affiché est de soutenir un secteur jugé structurellement fragile, tout en garantissant le pluralisme de l’information. Au Sénégal, cette aide est passée de 40 millions de FCFA en 1996 à plus d’un milliard en 2020. Des mécanismes comparables existent aussi dans d’autres pays ouest-africains, alors même qu’un rapport de la DW Akademie publié en août 2025 souligne la fragilité persistante des médias africains.

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