Saint-Louis : 39,6 milliards FCFA de revenus miniers en 2024, un basculement économique selon l’ITIE

La région de Saint-Louis a engrangé 39,6 milliards de francs CFA de revenus issus du secteur extractif en 2024, selon les données restituées par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) lors d’une tournée nationale. Ce montant, révélé par ndarinfo, marque un tournant pour une zone historiquement tournée vers l’agriculture et la pêche.

Le démarrage de la production de gaz naturel liquéfié sur le champ Grand Tortue Ahmeyim (GTA), exploité conjointement avec la Mauritanie, a profondément modifié la cartographie des flux financiers. Saint-Louis, port d’attache de cette infrastructure offshore, capte désormais une part majeure des redevances et taxes superficiaires versées à l’État. La première cargaison de GNL de GTA a été exportée le 17 avril 2025, confirmant le statut du Sénégal comme producteur d’hydrocarbures. Cette production a déjà eu des retombées immédiates sur les prix des produits pétroliers, qui ont baissé, offrant un soulagement aux consommateurs.

Transparence et traçabilité au cœur des débats

Au-delà du chiffre, les autorités locales s’interrogent sur la traçabilité des revenus et leurs retombées effectives sur les territoires hôtes. Le mécanisme ITIE, auquel le Sénégal adhère depuis 2013, impose la publication des paiements des compagnies extractives et leur rapprochement avec les recettes déclarées par l’État. Ce travail de réconciliation rigoureux sous-tend les données restituées aux acteurs régionaux.

La démarche vise à combler le déficit d’information qui nourrit des tensions entre opérateurs, autorités et communautés riveraines. À Saint-Louis, les pêcheurs de la Langue de Barbarie expriment des inquiétudes sur l’impact de l’activité offshore sur leurs zones de pêche traditionnelles. La publication des agrégats financiers permet de poser un cadre objectif au débat, sans épuiser les attentes en matière d’indemnisation et de reconversion économique.

À Matam, le secteur extractif a généré près de 6 milliards FCFA en 2024, illustrant l’ampleur des retombées dans d’autres régions. L’entreprise SOMIVA, qui y opère, emploie directement 1 300 personnes, démontrant l’impact local de l’activité extractive.

Le gouvernement a engagé depuis 2024 une refonte du cadre régissant le contenu local et la fiscalité extractive, avec un accent sur la part des recettes affectées aux collectivités territoriales. Le Fonds intergénérationnel et le Fonds de stabilisation doivent canaliser une fraction des ressources vers les générations futures.

Les 39,6 milliards FCFA générés en 2024 constituent un point de départ plutôt qu’un palier définitivement acquis, la volatilité des prix du gaz et les amortissements consentis aux opérateurs pouvant peser sur les exercices à venir.

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