Après plusieurs semaines d’incertitude quant à l’ampleur réelle des violences survenues lors des mouvements sociaux de la fin d’année 2025, les autorités iraniennes ont officiellement brisé le silence. Alors que les estimations circulaient sans confirmation étatique, un rapport détaillé émanant de la Fondation iranienne des martyrs et des anciens combattants vient d’établir un décompte précis des pertes humaines, tout en imposant une lecture très spécifique des événements.
Selon les données relayées par l’agence Anadolu, ce sont 3 117 personnes qui ont perdu la vie durant cette période de troubles. Ce chiffre, fondé sur les relevés de l’Institut de médecine légale, englobe à la fois les membres des forces de sécurité et les civils. Cependant, la répartition de ces décès répond à une nomenclature officielle stricte. Le communiqué précise que 2 427 de ces victimes sont tombées sous les balles de « groupes terroristes armés ». Ces défunts, qu’ils soient civils ou militaires, ont reçu le statut de « martyrs ».
La version présentée par Téhéran soutient que la majorité des victimes étaient de simples passants touchés lors d’attaques armées ou des manifestants ciblés par des éléments infiltrés. En parallèle de ce bilan létal, les autorités font état de plus de 3 700 blessés dans les rangs des forces de l’ordre et annoncent l’interpellation de 3 000 individus, accusés d’appartenir à des organisations terroristes ou d’avoir fomenté les troubles.
Ces statistiques officielles contrastent avec les données recueillies par des observateurs extérieurs. L’Agence de presse des militants des droits de l’homme (HRANA), structure basée aux États-Unis, avance pour sa part un bilan plus lourd de 4 519 morts. L’organisation précise que ses chiffres sont en cours d’actualisation et affirme avoir confirmé de nombreux cas non comptabilisés par le régime.
Pour rappel, ce cycle de violence a débuté le 28 décembre 2025 au Grand Bazar de Téhéran. Initialement portée par des commerçants protestant contre la chute vertigineuse de la monnaie nationale et les difficultés économiques, la contestation s’est rapidement étendue à plusieurs villes de province. Les affrontements ont atteint leur paroxysme les 8 et 9 janvier, entraînant une restriction drastique de l’accès à Internet dans la capitale, un service qui n’a été rétabli que progressivement ces derniers jours.
Au sommet de l’État, la lecture politique de la crise reste inchangée. Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a réitéré le 17 janvier sa position, attribuant les dégâts et les pertes humaines à des acteurs « liés à Israël et aux États-Unis ».