Je ne sais pas si j’ai raison, mais j’ai l’impression que les Africains ont un rapport de propriété avec le Pouvoir. Normalement, le Pouvoir est une fonction que l’on vous confie ou que l’on obtient par divers moyens détournés. Il est absolument certain que tout pouvoir n’est que Temporel quel que soit sa durée, même si c’est à vie. La mort est là, pour vous renvoyer à votre état de poussière. Tu fus ! Tu n’es plus !
Le Pouvoir ou son exercice est normalement une délégation de décisions du plus grand nombre à un individu ou un groupe, sensé agir pour l’intérêt de tous. Chez nous, les Africains, on semble penser que le Pouvoir est une reconnaissance accordée à un futur mérite ou un ancien fait ou sacrifice. Ce qui fait que l’accession au Pouvoir peut avoir l’air d’une consécration, d’un aboutissement personnel, d’une atteinte d’un but ou d’une ambition. Cette perception fausse totalement la mission de Pouvoir, la vide de son essence et fait le lit des dérives et des velléités de confiscation de ce que l’on vous a confié.
Mais, il faut le dire, chez nous, le Pouvoir est perçu comme une mission d’essence divine avec des relents messianiques ou mystiques qui rend propice une captation par une lignée, une caste.
Commençons par le pouvoir politique, celui, hérité de la colonisation, le modèle occidental. La conquête du pouvoir politique a toujours été l’apanage d’une caste, celle des politiciens, des Militaires ou de groupes armées. Tous ces hommes ont en commun d’appartenir à l’Etat. Un Etat qui est la captation des outils démocratiques par une infime partie de la population. Les lettrés. La majeure partie de la population est exclue des compétitions pour délit d’analphabétisme ou d’artifices de ce genre. Le profil pour accéder au Pouvoir est verrouillé à tel point qu’on a l’impression d’avoir affaire à un personnel destiné à cette tâche ou à l’honneur de cette tâche. La transmission du Pouvoir ne se fait qu’entre eux. Ça, c’est dans ce qu’on appelle nos Républiques modernes avec des systèmes dont on dit Démocratiques. C’est une caste ou une élite. Mais c’est un groupe d’appropriation. Exclusiviste.
Venons-en au Pouvoir religieux. Sous nos cieux, les gens n’ont aucune gêne à accepter la transmission de pouvoir d’un guide religieux à son fils, à sa descendance. C’est à la limite, normale. Pourtant, le Pouvoir religieux, ou l’homme religieux tire sa légitimité de sa capacité intellectuelle, de son savoir, à lui acquis. Son aura, il l’a tiré d’une connaissance profonde de sa Religion et de sa capacité à l’enseigner, la propager. Le Savoir ne s’hérite pas. Il s’apprend. Il faut apprendre pour Savoir. On ne peut pas léguer son Savoir par la transmission génétique ou filiale. C’est comme qui dirait, le fils du Médecin est Médecin, tout comme celui de l’Enseignant ou de l’Avocat etc… Ou que Einstein est mon père, moi aussi, je suis un savant. Ce qui peut se transmettre par contre, c’est le Savoir-Faire. Et cela, par suite d’apprentissage. Donc, partant, il y a une volonté de conservation du Pouvoir par la perpétuation de la domination par le fait de faire croire que nous seuls, pouvons savoir, avons le Savoir nous diront-ils. Ce pouvoir est clair et accepté dans nos sociétés. Sa transmission se fait de père en fils, sans risque de coup d’Etat. Mais c’est une captation d’un Pouvoir et une forme de sa conservation par la transmission filiale.
Les exemples de relations coupables avec le Pouvoir dans nos sociétés font foison. Du chef de village au chef de quartier, en passant par l’Imam dont on se proclame de père en fils en sont les exemples les plus courants. Cela montre la conception ‘’pouvoiriste’’ de nos mœurs. La relation complexe que nous avons avec le but et la mission d’un Pouvoir. Nos velléités (grégaires ?) de nous accrocher à nos charges au-delà de nos possibilités physiques et intellectuelles. De noyer nos incapacités dans les intrigues ou les positions de distributeurs de richesses qui font durer. De présenter le Pouvoir comme un don Divin que seul DIEU peut donner ou retirer, pour ‘’fataliser’’ le Conscient collectif.
Tout cela montre que les Africains ont une vision très étriqué du Pouvoir et n’ont pas les dispositions intellectuelles, morales à le quitter, le redonner ou le remettre dans les règles de l’art. On ne conçoit la reconnaissance du Pouvoir que par sa personnalisation. Les hommes au Pouvoir se confondent avec l’honneur de cette charge au détriment de la charge de la mission.
Rien que les mots qui désignent les tenants d’un pouvoir, renseignent sur la vision que nous avons de la relation avec le pouvoir. « Borom Rew mi » pour désigner le Chef de l’Etat, « Borom deuk bi » pour le chef de village, le Calife pour parler du chef religieux etc… Et cela, ce sont les administrés qui le disent.
Alors que devront penser ceux qui nous gouvernent ? Mais, évidemment qu’ils sont là pour ça, uniquement pour ça. Nous diriger.
Ad Vitam ! Aeternam.
Pouvoir ! Quand je te tiens !!!
Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.
Bellissimo! profonde et pertinente analyse. Comme quoi nous méritons nos dirigeants. Au Senegal les gens sont bien conscients de cet état de fait, mais demeurent prisonniers de l'argent. On accepte l'autorité du politicien ou du marabout pour bénéficier de certains avantages. C'est ce qui explique que Karim Wade soit adulé et courtisé de même que Alioune Sall présentement, et Béthio Thioune vénéré!
Comme disait le fameux oustaz Seck (paix à son âme): ''kou beug koula nakh, dinga guiss koula nakh, nguéne ande di nakhanté''