C’est une étape majeure pour le cinéma documentaire et une caisse de résonance inattendue pour l’un des épisodes les plus marquants du conflit à Gaza. Alors que les combats continuent de faire rage, l’industrie cinématographique américaine a posé un regard officiel sur une œuvre relatant le destin tragique d’une enfant palestinienne, propulsant son histoire au cœur de l’actualité culturelle internationale.
Le docudrama « The Voice of Hind Rajab », réalisé par la Franco-Tunisienne Kaouther Ben Hania, vient d’être retenu dans la course à la plus prestigieuse des récompenses cinématographiques. L’Académie des Oscars a officiellement annoncé, ce jeudi, la nomination de l’œuvre dans la catégorie du meilleur film international. Une sélection qui place ce récit, mêlant enregistrements d’appels d’urgence et reconstitutions dramatiques, sous les projecteurs de la cérémonie prévue le 15 mars prochain à Los Angeles.
**Un récit basé sur des archives sonores**
Le film retrace les dernières heures de Hind Rajab, une fillette de cinq ans tuée en 2024 alors qu’elle tentait d’évacuer la ville de Gaza avec sa famille. L’œuvre s’appuie sur les enregistrements poignants des appels passés par l’enfant au Croissant-Rouge palestinien. Piégée dans une voiture criblée de balles, entourée des corps de sa tante, de son oncle et de ses trois cousins, la fillette attendait des secours qui ont eux-mêmes été ciblés lors de leur intervention.
Selon les informations relayées par Al Jazeera, cette nomination résonne comme un aboutissement pour la réalisatrice Kaouther Ben Hania. « Lorsque j’ai commencé à faire ce film, ma principale obsession était de faire en sorte que sa voix résonne dans le monde entier, car la voix de cette petite fille n’a pas été entendue au moment où elle en avait besoin », a-t-elle déclaré, soulignant que le cinéma peut être « confrontationnel » et servir de vecteur de vérité.
**Controverses et enquêtes indépendantes**
La reconnaissance de ce film intervient dans un contexte où les circonstances de la mort de la famille Rajab ont fait l’objet de versions contradictoires. Les autorités israéliennes avaient initialement affirmé qu’aucune de leurs forces n’était présente sur les lieux, avant d’évoquer un échange de tirs avec des combattants palestiniens pour expliquer les 335 impacts de balles relevés sur le véhicule.
Cependant, une enquête menée par le groupe de recherche Forensic Architecture, basé à Londres, a remis en cause cette version. L’analyse des images satellites et des données audio de ce jour-là a identifié la présence de plusieurs chars israéliens Merkava à proximité immédiate de la voiture, sans trouver de preuves d’échanges de tirs. Le colonel Beni Aharon, commandant des chars présents lors de l’incident, fait d’ailleurs l’objet d’une plainte déposée auprès de la Cour pénale internationale (CPI) par la Fondation Hind Rajab.
Déjà lauréat du Grand Prix du Jury (Lion d’argent) à la Mostra de Venise en septembre dernier, où il avait reçu une ovation de 23 minutes, le film poursuit son parcours international. Il s’inscrit dans une filmographie engagée pour Kaouther Ben Hania, déjà nommée aux Oscars pour « L’homme qui a vendu sa peau » (2020) et « Les Filles d’Olfa » (2023).