Le 18 janvier 2026, au stade Moulay Abdellah de Rabat, la finale de la Coupe d’Afrique des Nations entre le Sénégal et le Maroc a basculé dans une dimension dépassant le simple cadre sportif. Alors que les Lions de la Teranga faisaient face à un contexte hostile et des décisions arbitrales contestées, le sélectionneur Pape Thiaw a posé un acte fort en appelant ses joueurs à quitter la pelouse. Une tribune signée Cheikh Sadibou Sakho, publiée par nos confrères d’IGFM, revient sur la signification profonde de ce geste, qualifié de « déclaration de dignité ».
Au-delà du score et du sacre final, c’est la réaction du banc sénégalais qui retient l’attention des observateurs. Selon l’analyse relayée par IGFM, le football ne se limite jamais à un simple jeu ; il agit comme un théâtre où se projettent des rapports de force et des hiérarchies. Dans cette arène de Rabat, l’autorité incarnée par l’arbitrage a été perçue non plus comme garante des règles, mais comme un instrument de validation d’un scénario écrit d’avance. Les incidents d’avant-match, allant de l’arrivée chahutée à la gare aux problèmes de billetterie pour les supporters sénégalais, avaient déjà planté le décor d’une confrontation inégale.
**Une rupture du « contrat rituel »**
Lorsque Pape Thiaw demande l’arrêt du jeu, il opère ce que Cheikh Sadibou Sakho décrit comme une « désobéissance rituelle ». En refusant de poursuivre la rencontre sous des conditions jugées iniques, le technicien sénégalais a rompu le contrat moral qui lie les acteurs du spectacle. Rester sur le terrain aurait signifié accepter une forme de soumission à un ordre établi au détriment de l’équité sportive. Le retrait devient alors l’expression d’une souveraineté retrouvée : celle de dire « non » lorsque l’intégrité de l’équipe est menacée.
Ce refus de subir transforme la perte potentielle (forfait, sanctions) en un gain moral immédiat. L’analyse souligne que ce sacrifice réactive des valeurs culturelles profondes telles que le « fule » et la « fayda ». En choisissant l’honneur plutôt que la compromission, le sélectionneur a envoyé un message politique aux instances dirigeantes : la participation du Sénégal ne vaut pas consentement à l’humiliation.
Le match, dont les compositions laissaient présager une lutte tactique intense, est ainsi devenu une « archive morale ». L’auteur de la tribune appelle désormais à une solidarité nationale autour de Pape Thiaw, anticipant d’éventuelles sanctions administratives ou exigences d’excuses de la part des instances du football. Ce geste, loin d’être un simple coup de sang, pose une limite définitive sur ce que les nations africaines sont prêtes à accepter dans la gestion du football continental.