L’année ne fait que commencer, mais la route migratoire de la Méditerranée enregistre déjà un bilan humain particulièrement lourd. Face à des traversées de plus en plus meurtrières au départ de l’Afrique du Nord, les pays européens ciblés durcissent leur arsenal législatif pour freiner les arrivées.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, plus de 560 personnes sont portées disparues en mer Méditerranée en moins de deux mois. Parmi elles, au moins 500 tentaient de rejoindre l’Europe depuis la Libye, la Tunisie et l’Algérie. En février, le naufrage d’une embarcation au large de la ville libyenne de Zuwara a fait 53 morts ou disparus, dont deux bébés. Seules deux femmes de nationalité nigériane ont pu être secourues. Quelques semaines auparavant, le passage d’un cyclone sur la Méditerranée aurait causé la perte de centaines d’autres personnes.
Malgré ces risques, les départs se poursuivent. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé, selon les données consultées par notre rédaction, au moins 928 000 migrants en Libye entre août et octobre. Dans l’attente d’une opportunité de traversée, beaucoup tombent aux mains des milices locales. Un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, publié en février, décrit un système où les groupes armés commettent des abus systématiques, transformant ces violations en un véritable modèle économique.
Ola, un ressortissant sierra-léonais de 25 ans interrogé à Tripoli, raconte avoir été détenu et frappé à coups de barre de fer par une milice à Zuwara. Il a subi trois mois de travail forcé avant que sa famille ne verse une rançon de 700 dollars. Mubarak, un Soudanais de 31 ans ayant fui les combats au Darfour, décrit un schéma identique de captivité et d’exploitation.
Face à ces flux continus, les États européens adoptent des mesures restrictives. L’Italie a récemment approuvé un projet de loi lui permettant d’interdire indéfiniment l’accès de ses eaux aux navires en invoquant des menaces pour l’ordre public. Ce texte autorise également Rome à transférer les passagers vers des pays tiers, comme l’Albanie, sans garantie d’examen préalable des besoins de protection ou de l’état de santé des exilés. En parallèle, le Parlement européen a validé des modifications permettant aux États membres de transférer les demandeurs d’asile vers des « pays tiers sûrs ».
L’efficacité de ces politiques de dissuasion se heurte à la réalité du terrain. L’Italie continue d’enregistrer un nombre élevé d’arrivées, avec plus de 63 000 personnes ayant bravé la mer sur l’année écoulée. Ahlam Chemlali, chercheuse à l’Université d’Aalborg, souligne que pour beaucoup de migrants, rester bloqué sans avenir s’apparente à une « mort sociale », ce qui les pousse à accepter le danger de la traversée.
Pour des exilés comme Ola, l’objectif d’atteindre l’Europe reste intact, motivé par la recherche d’un cadre légal protecteur. « La vie en Europe serait extraordinaire », a-t-il déclaré. « Je serais en sécurité. S’il y a de la violence, elle est punie par la loi. Je vais m’instruire et ensuite trouver un emploi. »