La présence de ressortissants africains dans le conflit russo-ukrainien fait l’objet de tractations diplomatiques. Ce lundi à Moscou, les discussions entre les diplomaties kényane et russe ont abouti à une clarification concernant le statut des citoyens kényans engagés sur le front.
Selon la chaîne Al Jazeera, la Russie a accepté de mettre fin au recrutement de citoyens kényans au sein de son armée. L’annonce a été faite par le ministre kényan des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi, à l’issue d’un entretien avec son homologue russe, Sergueï Lavrov. « Nous avons convenu que les Kényans ne seront plus enrôlés par le biais du ministère [russe] de la Défense », a déclaré le chef de la diplomatie kényane.
L’ampleur de ces recrutements avait été mise en lumière en février dernier par un rapport des services de renseignement kényans. Le document, présenté aux parlementaires, révélait que plus de 1 000 Kényans avaient été recrutés pour combattre aux côtés de la Russie, un chiffre cinq fois supérieur aux estimations précédentes. À l’échelle continentale, les autorités ukrainiennes estimaient à la même période que plus de 1 780 citoyens issus de 36 pays africains combattaient dans les rangs russes.
Si Musalia Mudavadi a affirmé qu’il n’y aurait « plus de nouveaux enrôlements », Sergueï Lavrov n’a pas explicitement mentionné cet accord lors de son intervention face à la presse. Le ministre russe a toutefois précisé que le ministère de la Défense examinait les cas suscitant l’inquiétude de Nairobi, tout en soulignant que « la Russie n’oblige personne à s’engager » et que les contrats sont signés volontairement. Pour les ressortissants déjà sur place et nécessitant une assistance, des services consulaires seront organisés via les canaux diplomatiques appropriés. Le ministre kényan a d’ailleurs précisé qu’il ne souhaitait pas que le partenariat entre les deux pays se résume à cette opération militaire.
Les modalités de ces départs ont été détaillées par des responsables politiques kényans. Ces derniers ont dénoncé l’existence d’un réseau impliquant des agents de l’État en collusion avec des réseaux de trafic d’êtres humains pour acheminer des combattants en Russie. Ce schéma de recrutement dépasse les frontières kényanes : en novembre dernier, des rapports ont fait état d’un groupe de Sud-Africains âgés de 20 à 39 ans, partis en Russie en pensant y recevoir une formation en sécurité, avant d’être intégrés à une force paramilitaire et envoyés sur les lignes de front en Ukraine.