Lors d’un dialogue parlementaire tenu à 13 jours du débat d’orientation budgétaire, l’ONG IBP International Budget Partnership a réuni députés et représentants de l’exécutif pour discuter du financement de la nutrition. Le directeur des programmes pour l’Afrique francophone de l’organisation, Djibril Badiane, a plaidé pour la sécurisation et l’augmentation des crédits alloués à ce sous-secteur stratégique. L’urgence est d’autant plus grande que le budget 2026 du ministère de la Santé a été réduit de plus de 50 milliards FCFA, une coupe qui menace directement les programmes nutritionnels.
Le constat est préoccupant : selon une étude menée par IBP avec ses partenaires d’Afrique francophone, seuls 10 % des budgets nationaux de la santé sont effectivement alloués à la nutrition, loin des standards internationaux. Face à ce déficit structurel, IBP a noué un partenariat avec plusieurs commissions de l’Assemblée nationale, dont celles de l’éducation, de la santé et, en priorité, la commission des finances et du contrôle budgétaire, rapporte Dakaractu. L’objectif est d’outiller les parlementaires pour qu’ils puissent analyser les lois de finances et peser sur les arbitrages.
L’urgence tient au calendrier : le débat d’orientation budgétaire, prévu dans moins de deux semaines, constitue une fenêtre décisive. IBP redoute que des lois de finances rectificatives n’amputent les crédits de la nutrition au profit d’autres priorités. « Ce que nous voulons, c’est donner aux députés les moyens de plaider en faveur de la nutrition, d’abord pour sécuriser les crédits existants, ensuite pour en augmenter le volume », a insisté Djibril Badiane. Le Premier ministre lui-même a avancé le coût annuel de la sous-nutrition lors du Conseil des ministres du 29 avril 2026, soulignant l’ampleur du problème.
Au-delà du budget, IBP souligne qu’une meilleure nutrition des enfants améliore les résultats scolaires et qu’une population en bonne santé constitue une main-d’œuvre productive pour le développement économique. L’organisation mène ces travaux avec Helen Keller International, dont l’expertise en santé et nutrition est reconnue au Sénégal et dans la sous-région. Par ailleurs, le CNDN et la DDC ont lancé la phase 2 du projet NICE à Bambilor et Kaffrine, décentralisant les politiques nutritionnelles pour en faire des laboratoires d’un modèle de gouvernance inédit. Les recommandations issues du dialogue seront soumises aux commissions santé et finances de l’Assemblée nationale, avec l’espoir de traductions concrètes dans la prochaine loi de finances.


