Officiellement apolitique, le thème du sommet de 2026 masque une crise sécuritaire prête à embraser le continent

Le sommet de l’Union africaine (UA) de 2026 s’ouvre dans un contexte où les aléas climatiques ne sont plus les seules menaces pesant sur le continent. Si l’organisation continentale a choisi de placer la gestion des ressources hydriques au centre des débats, l’agenda dépasse largement les questions de développement ou d’agriculture. Derrière les discours officiels sur la durabilité se profile une inquiétude grandissante des chancelleries : la transformation de l’or bleu en un vecteur de conflits interétatiques majeurs.

Ce qui semblait être une problématique technique est devenu, selon les observations rapportées par Al Jazeera, une question de sécurité nationale pour de nombreux États membres. Du cyclone Gezani à Madagascar aux inondations dévastatrices au Mozambique, le climat impose son rythme, mais c’est la gestion politique des bassins partagés qui cristallise les tensions. Sanusha Naidu, analyste à l’Institut pour le dialogue mondial, pose le diagnostic sans détour : l’eau n’est plus seulement la vie, elle est devenue une « marchandise » et, dans certains cas, une source de conflit humanitaire.

**La menace des tensions « amont-aval »**

Le cœur du problème réside dans la géographie politique du continent. 90 % des eaux de surface en Afrique se trouvent dans des bassins transfrontaliers, obligeant les États à une coopération forcée. Le cas du Nil, avec le barrage de la Renaissance (GERD) en Éthiopie, illustre parfaitement comment un pays en amont peut modifier l’équilibre stratégique régional, au grand dam de l’Égypte et du Soudan situés en aval.

Cette dynamique ne concerne pas uniquement la Corne de l’Afrique. Le Sénégal, acteur clé des initiatives hydrauliques, se trouve dans une configuration similaire. En tant que pays en aval du fleuve Sénégal, tout comme le Nigeria l’est pour le fleuve Niger, la stabilité de l’approvisionnement dépend des relations avec les voisins en amont, tels que le Mali ou la Guinée. Dhesigen Naidoo, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS), avertit que ces relations, si elles se dégradent, pourraient mimer les tensions observées entre Le Caire et Addis-Abeba.

**L’eau comme arme et nouvelle pression technologique**

Au-delà des frontières, l’utilisation de l’eau comme levier de guerre est déjà une réalité documentée. Les conflits au Soudan et à Gaza ont montré comment le blocage des approvisionnements cible directement les populations civiles, brisant le tabou tacite de non-weaponisation des ressources vitales.

Une nouvelle variable vient complexifier l’équation : la technologie. L’essor des infrastructures de communication et des centres de données pour l’intelligence artificielle nécessite des quantités industrielles d’eau pour le refroidissement. Cette demande accrue entre désormais en concurrence directe avec les besoins humains, exacerbant la rareté.

Face à ces défis, la tolérance des populations s’effrite. Si les citoyens africains ont longtemps composé avec des services défaillants, la ligne rouge est ici biologique. Comme le résume brutalement Dhesigen Naidoo : « Vous ne pouvez pas tolérer de ne pas avoir d’eau, sinon vous mourrez. » C’est cette urgence vitale, couplée aux risques sécuritaires, qui attend les chefs d’État lors de ce sommet décisif.

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