Offensive en Iran : le revirement militaire de Donald Trump sert l’agenda d’un allié précis selon les analystes

En ordonnant un assaut massif contre l’Iran, le président américain a pris une décision qui tranche avec sa doctrine initiale. Alors que cette escalade militaire engage les forces de Washington au Moyen-Orient, les spécialistes de la région mettent en lumière les dynamiques géopolitiques qui sous-tendent cette opération et identifient la véritable impulsion derrière ce conflit.

Le président Donald Trump avait pourtant affiché une ligne claire lors d’une précédente tournée au Moyen-Orient, promettant une politique étrangère américaine débarrassée des ingérences. Critiquant ses prédécesseurs, il dénonçait les interventions dans des sociétés complexes, visant particulièrement les approches de l’ère George W. Bush. Moins d’un an plus tard, le dirigeant américain a ordonné une offensive globale contre l’Iran avec l’objectif déclaré d’y apporter la « liberté », reprenant ainsi la rhétorique qu’il fustigeait autrefois.

Selon les experts interrogés par la chaîne Al Jazeera, cette intervention militaire ne correspond ni à l’idéologie politique de Donald Trump, ni à ses engagements électoraux. L’analyse des dynamiques en cours révèle que cette guerre sert principalement les intérêts d’Israël et de son Premier ministre, Benjamin Netanyahu. « Il s’agit, une fois de plus, d’une guerre de choix lancée par les États-Unis sous la pression d’Israël », explique Negar Mortazavi, chercheuse au Center for International Policy à Washington. Elle souligne le paradoxe d’un dirigeant s’étant autoproclamé président de la paix, qui déclenche aujourd’hui une offensive réclamée par l’État hébreu depuis deux décennies.

Benjamin Netanyahu, qui avait soutenu l’invasion américaine de l’Irak en 2003, alerte depuis des années sur le programme nucléaire iranien. Après le bombardement des principales installations d’enrichissement iraniennes par les États-Unis lors de la guerre de douze jours en juin de l’année dernière, le discours israélien s’est réorienté vers une nouvelle menace : les missiles balistiques. Le dirigeant israélien a récemment affirmé que Téhéran développait des missiles intercontinentaux d’une portée de 8 000 kilomètres, capables d’atteindre la côte est américaine. Une affirmation reprise par Donald Trump lors de son discours sur l’état de l’Union, bien que Téhéran démente fermement et qu’aucune preuve publique n’ait été avancée.

Cette escalade intervient alors que la propre stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump prévoyait de réduire la priorité accordée au Moyen-Orient. Elle survient également en pleine tentative de résolution pacifique. Des négociateurs américains et iraniens ont tenu trois séries de pourparlers la semaine dernière, sous l’égide de médiateurs omanais. Jamal Abdi, président du National Iranian American Council, indique à Al Jazeera que l’agenda de Benjamin Netanyahu a toujours été d’empêcher une solution diplomatique. Le déclenchement des hostilités au milieu des négociations constitue, selon lui, un succès pour la partie israélienne.

Sur le terrain, le premier jour du conflit a été marqué par des tirs de missiles iraniens contre des bases abritant des troupes américaines au Moyen-Orient. Donald Trump a reconnu que des pertes américaines étaient possibles, qualifiant l’opération de mission pour l’avenir. Sur le plan intérieur, l’opposition à ce conflit s’organise, un sondage de l’Université du Maryland indiquant que seuls 21 % des Américains y sont favorables. Des figures politiques et médiatiques américaines, allant du commentateur conservateur Tucker Carlson à l’élue démocrate Rashida Tlaib, rappellent que l’Iran, situé à plus de 10 000 kilomètres, ne représente pas une menace directe pour les États-Unis.

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