Le paysage politique népalais connaît un bouleversement majeur. Samedi, les forces de l’ordre ont procédé à l’arrestation de deux hauts responsables de l’ancienne administration, en lien avec la répression meurtrière des manifestations de la jeunesse survenues en septembre de l’année dernière.
Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, l’ancien Premier ministre KP Sharma Oli et l’ancien ministre de l’Intérieur Ramesh Lekhak ont été placés en détention pour négligence criminelle. Des dizaines de policiers ont été mobilisés autour de la résidence de KP Sharma Oli à Bhaktapur, où les forces de l’ordre ont dû disperser des partisans rassemblés devant le portail principal avant de pouvoir procéder à l’interpellation.
Cette opération découle d’une décision prise vendredi par le Conseil des ministres, dirigé par le nouveau Premier ministre Balendra Shah. Le gouvernement a acté la mise en œuvre des conclusions d’une commission judiciaire présidée par l’ancien président du tribunal spécial, Gauri Bahadur Karki. Ce rapport ciblait directement les deux anciens dirigeants ainsi que le chef de la police, Chandra Kuber Khapung, pour leur responsabilité dans la mort d’au moins 25 manifestants de la « génération Z » et les blessures infligées à 700 autres. Ces émeutes, initialement déclenchées par l’interdiction des réseaux sociaux, avaient fini par provoquer la chute du gouvernement Oli.
L’actuel ministre de l’Intérieur, Sudan Gurung, qui avait lui-même participé à ces mouvements de contestation de masse, a justifié ces arrestations sur Facebook en affirmant que « personne n’est au-dessus de la loi ». Il a formellement écarté toute idée de vengeance, qualifiant cette démarche de « simple début de la justice » et espérant que le pays prenne une nouvelle direction.
Une vision catégoriquement rejetée par les formations politiques des mis en cause, le parti communiste UML de KP Sharma Oli et le Nepali Congress (NC) de Ramesh Lekhak, qui dénoncent un rapport biaisé et incomplet. Mahesh Basnet, responsable au sein de l’UML, a fustigé une manœuvre motivée par des préjugés et a appelé les membres de son parti à descendre dans la rue. L’UML a par ailleurs convoqué une réunion d’urgence pour organiser la riposte et annoncer de nouvelles manifestations.