La Conférence de Munich sur la sécurité a servi de tribune, ce dimanche, pour une mise au point ferme de la diplomatie européenne face aux discours déclinistes. Alors que le narratif d’un « Vieux Continent » affaibli ou décadent circule dans certaines sphères géopolitiques, la Haute représentante de l’Union européenne a tenu à rectifier la perception des rapports de force actuels, en s’appuyant sur des données militaires et diplomatiques précises.
Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’UE, a profité du panel « Europeans Assemble! » pour rejeter l’étiquette d’une Europe « woke » ou en voie de disparition civilisationnelle. Pour étayer son propos sur la vitalité du projet européen, la responsable a partagé une donnée inattendue recueillie lors d’un déplacement au Canada. Selon elle, près de 40 % des citoyens de ce pays du G7 seraient favorables à une adhésion à l’Union européenne, une statistique qui illustre, d’après Bruxelles, une attractivité qui dépasse largement les frontières géographiques du continent.
**La réalité du front russe exposée**
L’intervention a pris une tournure plus offensive lorsque l’analyse s’est portée sur l’adversaire stratégique majeur : la Russie. Loin de l’image d’une superpuissance inébranlable, Kaja Kallas a décrit une nation dont les capacités sont structurellement atteintes après plus d’une décennie de conflits. Pour justifier ce déclassement, elle a avancé un bilan humain particulièrement lourd : 1,2 million de victimes côté russe.
Selon Anadolu, la diplomate a souligné que malgré quatre années de guerre à haute intensité en Ukraine, les lignes de front n’ont que très peu bougé par rapport à 2014. « La Russie est brisée. Son économie est en lambeaux », a-t-elle martelé, pointant également les tentatives de Moscou de compenser ses faiblesses conventionnelles par des actions hybrides : cyberattaques, désinformation et menaces sur les infrastructures sous-marines.
**Une condition de réciprocité pour la paix**
Abordant les perspectives de résolution du conflit, la représentante européenne a posé un principe de symétrie stricte pour tout futur accord. Si des limitations devaient être imposées à la taille de l’armée ukrainienne dans le cadre d’un règlement, Kaja Kallas insiste pour que la Russie soit soumise exactement aux mêmes contraintes de démilitarisation.
Cette vision d’une défense européenne en mutation a été complétée par l’intervention du président letton, Edgars Rinkevics. Ce dernier a mis en garde contre la tentation de dupliquer les structures de l’OTAN via une armée européenne unifiée, préférant une approche pragmatique. Il a notamment salué les progrès vers un « Schengen militaire », facilitant la mobilité des troupes sur le continent, tout en rappelant que l’intégration de l’Ukraine apporterait à l’UE une capacité militaire opérationnelle dont la plupart des États membres sont aujourd’hui dépourvus.