Minnesota : La manœuvre des agents fédéraux utilisant un enfant de 5 ans pour piéger un demandeur d’asile

La politique migratoire américaine connaît un nouveau tournant dans son application sur le terrain, marqué par une intensification des contrôles qui touche désormais les établissements scolaires. Dans l’État du Minnesota, une opération récente des services de l’immigration et des douanes (ICE) suscite une vive réaction des autorités éducatives locales. Au cœur de l’incident, les circonstances de l’arrestation d’un père de famille ont placé un élève de maternelle au centre d’un dispositif d’interpellation jugé inacceptable par le corps enseignant.

Les faits se sont déroulés mardi après-midi à Columbia Heights. Selon Zena Stenvik, surintendante des écoles publiques du district, des agents fédéraux ont intercepté Liam Conejo Ramos, un enfant de cinq ans, alors qu’il se trouvait dans une voiture garée dans l’allée familiale au retour de l’école maternelle. D’après le récit fourni par la responsable scolaire lors d’une conférence de presse, les officiers auraient utilisé l’enfant comme « appât ».

Le mode opératoire décrit par Mme Stenvik indique que les agents ont ordonné au garçon de frapper à la porte de son domicile pour vérifier si d’autres personnes se trouvaient à l’intérieur. Cette manœuvre visait à localiser et appréhender son père, Adrian Alexander Conejo Arias, originaire d’Équateur. « On ne peut pas me dire que cet enfant va être classé comme un criminel violent. Pourquoi détenir un enfant de cinq ans ? », s’est indignée la surintendante, soulignant que la famille, arrivée aux États-Unis en 2024, avait un dossier d’asile en cours et n’était sous le coup d’aucune obligation de quitter le territoire.

Face à ces accusations, le Département de la Sécurité intérieure (DHS) a tenu à apporter sa version des faits. Tricia McLaughlin, porte-parole de l’agence, a affirmé dans un communiqué que l’ICE « n’a pas ciblé l’enfant ». Elle précise que l’opération visait exclusivement le père et que, pour la sécurité du mineur, un officier est resté avec lui pendant que ses collègues procédaient à l’arrestation. L’administration souligne que les parents interpellés se voient proposer le choix d’être expulsés avec leurs enfants ou de les confier à une personne de leur choix.

L’incident a pris une dimension politique nationale avec l’intervention du vice-président américain, JD Vance. En déplacement à Minneapolis jeudi, ce dernier a réagi à ce qu’il a qualifié d’« histoire terrible », tout en défendant l’action des agents fédéraux. « Qu’étaient-ils censés faire ? Laisser un enfant de cinq ans mourir de froid ? Ne sont-ils pas censés arrêter un étranger illégal aux États-Unis ? », a déclaré le vice-président, évoquant sa propre paternité pour justifier la complexité de la situation sur le terrain.

Ce cas s’inscrit dans un contexte de durcissement global. Liam est le quatrième élève du district de Columbia Heights détenu par l’ICE ces dernières semaines, s’ajoutant à une liste comprenant un enfant de 10 ans et deux adolescents de 17 ans. Selon Greg Bovino, responsable des douanes et de la protection des frontières, environ 3 000 arrestations ont eu lieu lors de raids récents dans le Minnesota.

Parallèlement, les conditions de détention font l’objet d’alertes juridiques. Marc Prokosch, l’avocat de la famille Conejo Ramos, a indiqué que le père et le fils ont été transférés vers un centre de détention à Dilley, au Texas. Une avocate de l’association Children’s Rights, Leecia Welch, qui a visité ce même établissement la semaine dernière, a décrit des conditions « pires que jamais », faisant état d’une épidémie de maladies, d’enfants malnutris et d’une surpopulation critique.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire