Véritable sanctuaire de biodiversité aux portes de Mbour, la lagune de Mballing est aujourd’hui le théâtre d’une lutte acharnée entre la préservation de l’environnement et la pression foncière. Des travaux de terrassement, qualifiés d’« agression sauvage » par des élus locaux, menacent de défigurer ce site naturel et culturel emblématique.
Depuis plusieurs jours, le bruit des engins a remplacé le chant des oiseaux migrateurs. À l’entrée sud de la ville, des coupes d’arbres et des mouvements de terre inquiètent les populations qui voient leur « seul point humide » se faire grignoter au profit d’intérêts immobiliers. Cette zone humide, cruciale pour l’équilibre écologique de la commune, abrite une riche faune et protège le littoral grâce à sa mangrove. Son rôle dans la régulation des eaux et la lutte contre l’érosion côtière est vital pour toute la région.
Alerté par la mobilisation citoyenne, le député Abdoulaye Tall s’est rendu sur place pour constater les dégâts. Son constat est sans appel :
« Quand j’ai appris cette agression sauvage de la nature, nous avons cessé nos activités pour venir nous enquérir de la situation. Depuis quelques années, il y a une spéculation sur ce site mythique et historique. »
Selon le parlementaire, le promoteur en charge des travaux s’appuierait sur un décret datant de 2014, complété par un déclassement du site qui serait intervenu en 2017. Une justification administrative qui ne convainc pas les défenseurs de la lagune. « Nous n’allons pas laisser faire. Des intérêts particuliers ne peuvent primer sur ceux des Mbourois », a martelé M. Tall, qui a saisi les autorités compétentes et interpellé directement le ministre de l’Environnement.
Face à la montée des tensions, le préfet est intervenu pour ordonner une suspension temporaire des travaux. Une décision saluée mais jugée insuffisante par les habitants, qui craignent une reprise des opérations une fois la polémique retombée. Car au-delà de son importance écologique, la lagune de Mballing est aussi un lieu chargé de mysticisme, associé à la figure de Coumba Balléne, génie protecteur de la localité.
Cette affaire met en lumière le défi majeur auquel Mbour, station balnéaire en pleine expansion, est confrontée : concilier son développement urbain avec la protection de ses derniers espaces naturels. La sauvegarde de ce « poumon vert » est devenue le symbole d’un combat crucial pour l’avenir environnemental de la cité.