Comment un rythme hérité des tambours sabar et tama a-t-il pu devenir le son dominant du Sénégal tout en peinant à conquérir les scènes internationales ? Alors que la fête de la musique se prépare, l’APS a interrogé des spécialistes pour comprendre la révolution silencieuse du mbalax, à l’occasion des cinquante ans de carrière de figures comme Souleymane Faye, Oumar Pène ou Cheikh Lo.
Pour l’universitaire Ibrahima Wane, spécialiste des cultures africaines, l’année 1975 marque un tournant : le groupe Xalam sort son premier album, Youssou Ndour enregistre son premier morceau, Thione Seck connaît ses premiers succès, Baaba Maal débute, et le Super Diamono pose les bases du genre. Cette effervescence coïncide avec une transformation des orchestres, passés du Star Band au Number One, et avec la disparition du chanteur Abdoulaye Mboup.
Abdoul Aziz Dieng, ancien président du conseil d’administration du Bureau sénégalais du droit d’auteur (BSDA), rappelle que l’influence occidentale a été déterminante. Dans les années 1920, les orchestres jouaient polkas, mazurkas et tangos, puis jazz, rock et blues. Cette empreinte a même modifié la kora, dont les cordes en boyau ont cédé la place au nylon. Pourtant, loin d’effacer les racines, ces apports ont nourri une résilience culturelle : les artistes sénégalais ont produit une musique « reconnaissable », profondément identitaire.
Le mbalax, explique Dieng, repose sur une pulsation ternaire héritée des rythmes traditionnels, contrairement à la plupart des musiques populaires mondiales, binaires. « Toute la force du mbalax mainstream repose sur le rythme, et c’est ça notre faiblesse », analyse-t-il, pointant la complexité de production et la difficulté à séduire un public étranger. Pourtant, le genre reste le « mainstream » de la musique sénégalaise, porté par des artistes comme Omar Pène, Thione Seck, Baaba Maal, Ismaël Lô, Cheikh Lô ou Coumba Gawlo Seck, et continue d’évoluer avec la jeune génération qui fusionne hip-hop et afrobeat.
En mai 2026, une exposition au Musée des Civilisations Noires de Dakar, portée par Nago Seck et son épouse Sylvie Clairfeuille, a retracé un siècle de musiques africaines, confirmant la place centrale du mbalax dans le patrimoine du continent.


