Le conflit autour de l’exploitation du phosphate dans l’arrondissement des Agnam vient de franchir un nouveau palier. Trois jeunes de la commune ont été écroués à la Maison d’arrêt et de correction (MAC) de Matam, après leur mise en détention provisoire ordonnée par le parquet. Ils avaient été arrêtés en compagnie de deux autres jeunes, finalement relâchés, suite à une plainte du prestataire Ama Afrique, chargé des prospections.
L’engin de prospection a été totalement détruit : « vandalisé, incendié et irrémédiablement endommagé », selon la description des faits rapportés par Seneweb. Sa valeur est estimée à plusieurs millions de francs CFA. Présentés au parquet mercredi dernier, les trois jeunes ont été inculpés et incarcérés en attendant leur procès fixé en juillet 2026.
Cette affaire intervient dans un climat déjà tendu. Depuis le début des activités minières, les populations riveraines s’opposent au projet, évoquant la proximité des sites avec les habitations, les champs et les pâturages, ainsi que des craintes environnementales et foncières. Malgré le déplacement des prospections à environ trois kilomètres des zones résidentielles, le conflit est resté latent.
Le gouverneur de Matam, accompagné d’une délégation du ministère de l’Énergie, avait tenté une médiation pour apaiser les tensions. Mais nombre d’habitants ont réaffirmé leur rejet catégorique de tout projet minier, dénonçant « l’usage du forcing » et « le mépris affiché envers les opinions locales », notamment celles des maires et chefs de village. Quelques jours après cette rencontre, les équipements ont été sabotés, entraînant les arrestations.
En mai 2026, un agent d’Ama Afrique avait déjà été accusé d’avoir brandi un pistolet lors d’une manifestation à Agnam Thiodaye. L’adjoint au maire, Abdou Aziz Diop, avait alors affirmé que les habitants rejetaient l’exploitation du phosphate, perçue comme une menace pour leurs terres.


