Au crépuscule de nos espérances, alors que des milliers de jeunes s’apprêtaient à franchir le seuil symbolique du baccalauréat, un profond silence de douleur s’est installé dans nos cœurs.
À Ourossogui, le jeune Ablaye Diallo a tragiquement choisi de mettre fin à ses jours après avoir appris son échec à l’examen.
Quelques heures plus tôt, un autre jeune voyait également son destin basculer, incapable de supporter le poids psychologique de cet échec. Ces drames nous interpellent tous.
- Qui faut-il accuser ?
- Le système éducatif ?
- Le corps enseignant ?
- Les parents ?
- L’entourage ?
- Ou encore une société qui, trop souvent, réduit la valeur d’un être humain à une simple note ou à un diplôme ?
Nous devons avoir le courage de reconnaître notre part de responsabilité collective.
À force d’associer le baccalauréat à une question d’honneur, de réussite sociale ou de fierté familiale, nous finissons parfois par faire croire à nos enfants qu’un échec scolaire équivaut à un échec de vie.
Or, rien n’est plus faux.
Le baccalauréat est une étape importante, mais il ne résume ni l’intelligence, ni le potentiel, encore moins la valeur d’une personne.
Combien de jeunes, excellents durant toute l’année scolaire avec des moyennes de 14 à 18, échouent pourtant à cet examen ?
Le bac demeure un exercice ponctuel où interviennent le stress, les circonstances et parfois une part d’imprévu.
À l’inverse, cette même session nous offre une magnifique leçon d’espérance : un détenu privé de liberté a brillamment obtenu son baccalauréat avec mention.
Ce succès remarquable nous rappelle qu’aucune situation n’est irréversible et que, tant que la vie demeure, l’espérance reste possible.
Derrière les murs d’une prison comme au cœur de nos écoles, la volonté, la persévérance et la foi peuvent triompher de l’adversité.
C’est pourquoi nous devons apprendre à nos enfants que l’échec n’est jamais une condamnation, mais souvent le point de départ d’une nouvelle réussite.
Dans de nombreux pays, les parcours universitaires offrent plusieurs passerelles.
Les opportunités existent pour celles et ceux qui refusent d’abandonner.
Notre responsabilité, en tant que parents, éducateurs, leaders d’opinion et citoyens, est d’accompagner nos jeunes, de les écouter, de les rassurer et de leur rappeler qu’aucun examen ne mérite qu’on renonce à la vie.
Nous devons également combattre cette culture de la moquerie et du jugement, amplifiée aujourd’hui par les réseaux sociaux, où l’échec devient parfois un spectacle au détriment de la dignité humaine.
Dieu seul est Maître de nos destinées.
Sur ma table de travail repose toujours l’ouvrage du Colonel Momar Guèye, » La Malédiction de Rabi. «
À travers cette œuvre, j’ai souvent retrouvé le destin de ces jeunes que les épreuves de la vie semblent accabler, mais qui méritent avant tout compréhension, bienveillance et accompagnement.
Je m’adresse aujourd’hui à tous les nouveaux bacheliers, mais également à ceux qui n’ont pas réussi cette année.
À ceux qui ont réussi, je dis : demeurez humbles, travaillez davantage et mettez votre savoir au service de la Nation.
À ceux qui ont échoué, je dis avec force : ne laissez jamais un résultat définir votre existence.
Votre histoire ne s’arrête pas ici. Elle ne fait peut-être que commencer.
Le Très-Haut nous rappelle dans le Saint Coran, à la sourate Al-Baqara:
« Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. »
Cette parole est un message d’espérance.
Elle nous enseigne que chaque épreuve porte en elle les ressources nécessaires pour être surmontée.
Construisons une société où l’on célèbre autant le courage que la réussite, où l’on accompagne autant l’échec que le succès, et où chaque jeune sait que sa vie vaut infiniment plus qu’un bulletin de notes.
Ensemble, faisons triompher la bienveillance sur la stigmatisation, l’espérance sur le désespoir et la vie sur le renoncement.
C’est à ce prix que nous bâtirons un Sénégal plus juste, plus solidaire et plus humain.
Avec toute ma gratitude et ma reconnaissance.
Dr. Mohamed Diallo
- Président de la Coalition Natangué Askan Wi
- Membre de l’Association des écrivains du Sénégal
