La préservation de la mémoire des grandes figures religieuses du Sénégal s’enrichit d’une nouvelle contribution littéraire. Un universitaire vient de publier aux éditions L’Harmattan un travail de recherche détaillé sur l’une des personnalités marquantes de la Tijâniyya, documentant un cheminement spirituel entamé au milieu du siècle dernier.
Selon les éléments rapportés par le journal Sud Quotidien, l’Imam Mouhammedou Abdoulaye Cissé est l’auteur de cet ouvrage intitulé « Serigne El Hadji Madior Cissé, itinéraire d’un soufi accompli ». Ce livre retrace la vie de l’unique fils d’Ahmadou Cissé et de Sokhna Astou Gaye, né en 1919. L’auteur, spécialiste des questions de shari’a et de soufisme, y détaille l’ancrage familial de l’érudit, en remontant à son grand-père, Madior Goumbo Cissé. Ce dernier, né vers 1848 à Ndar Toute et adepte de la Qadiriyya, avait institué un Gamou à Saint-Louis en 1889 à son retour de La Mecque, avant de s’éteindre en 1893.
L’ouvrage s’attarde sur un tournant précis dans la vie de Serigne El Hadji Madior Cissé. Alors qu’il se destinait initialement à la médecine, une prédiction du marabout Serigne Amadou Lamine Seck lui annonçait que sa carrière administrative ne serait qu’une transition avant d’assumer le khalifat de Cheikh Ahmad Tijâni. Sud Quotidien précise que ce changement de trajectoire s’opère formellement en février 1952. Orienté par des rêves récurrents, il se rend à Tivaouane et fait une allégeance inconditionnelle, à l’âge de 33 ans, à Serigne Babacar Sy.
Cette rencontre marque le début d’une structuration de ses activités religieuses. En 1953, il forme le projet de la dahira Moutahabbîna Fî Lâhi. Deux ans plus tard, Serigne Babacar Sy lui accorde la permission d’organiser un Gamou à Saint-Louis, en assumant publiquement la paternité. La première édition se tient le 28 mai 1955 à la place Amath Ndiaye Hanne. En reconnaissance de son engagement, il reçoit l’Ijâzâ Itlâq, un grade supérieur dans la Tijâniyya. L’auteur décrit également ses réalisations concrètes, notamment la transformation de la Zawiya de son domicile en une grande mosquée baptisée Masjidul Ihsân.
Le livre documente enfin la transmission de cette charge spirituelle. Le vendredi 29 mars 2007, Serigne El Hadji Madior Cissé confie officiellement la continuité de sa mission à son fils, Mouhammedou Abdoulaye Cissé, en lui recommandant de poursuivre l’enseignement de la religion. Il s’éteint le 31 mars 2007, laissant derrière lui une communauté de disciples structurée autour de ses enseignements.