JOJ : les infrastructures sénégalaises sont-elles prêtes ?

Avec l’ouverture des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) le 31 octobre, la capitale sénégalaise se prépare à accueillir des centaines de participants et des dizaines de milliers de spectateurs. À Dakar, les pouvoirs publics ont tout fait pour que les infrastructures sportives et les transports soient prêts pour le jour J.

Le Sénégal veut être au rendez-vous de son histoire. En accueillant les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) du 31 octobre au 13 novembre prochain, le pays aura les caméras du monde entier braquées sur lui. Pour faire de cet événement international une réussite, les pouvoirs publics se sont lancés dans d’importants investissements de construction, de réhabilitation du bâti existant et de rénovation de ses infrastructures sportives. Sans oublier le soin particulier qu’il a fallu apporter au réseau de transport urbain sachant que les compétitions auront lieu entre Dakar, Diamniadio et Saly.

Le Sénégal a montré le cap

Respecter les délais a constitué une véritable course contre la montre ces derniers mois Selon les chercheurs Djibril Diouf, spécialiste des partenariats public-privé, et Amadou Moctar Ndiouck, spécialiste du droit et du management des infrastructures sportives, ce chantier d’envergure n’a pu être possible qu’en conjuguant les efforts de l’État, des collectivités et du secteur privé : « L’implication du secteur privé facilite la mobilisation de fonds privés pour pallier les insuffisances des financements publics. Elle permet également, du point de vue de la gestion des équipements sportifs, d’apporter une expertise technique favorisant une gestion financière qui contribue à maintenir ces équipements aux normes internationales, tout en permettant à toutes les populations d’y accéder. »

Si l’État reste le donneur d’ordre principal selon le nouveau code du sport – adopté le 11 mai 2026 par l’Assemblée nationale du Sénégal –, les pouvoirs publics ont surtout pu s’appuyer sur la loi sur les contrats de partenariat public-privé, adoptée en 2021. Ces dernières années, cette loi a en effet permis d’attirer et d’encadrer des investisseurs privés sans lesquels les grands chantiers n’auraient jamais pu être lancés.

Les transports urbains, essentiels pour le public

La Dakar Arena, le stade Abdoulaye-Wade et le Centre des expositions, le village olympique à Diamniadio, le complexe Iba-Mar-Diop à Dakar, la piscine olympique et le complexe Tour de l’Œuf, l’aménagement de la côte à Sally qui accueillera les sports de plage et les disciplines nautiques… La liste est longue. En août dernier, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo y revenait en détails. Selon lui, les « infrastructures ne se limitent pas aux sites de compétition : les travaux ont également porté sur la voirie, les accès, la Corniche Ouest, les espaces publics et les équipements d’accueil. Le gouvernement a fixé des échéances de préparation pour les aménagements de Dakar, Diamniadio et Saly ».

Indépendamment des infrastructures sportives, un autre domaine a particulièrement profité de ce contexte porteur : la mobilité urbaine, qui sera au rendez-vous des Jeux Olympiques de la Jeunesse, mais aussi de la vie quotidienne des Dakarois. Dans le domaine routier, c’est le cas par exemple de l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio, de l’extension de l’aéroport international Blaise Diagne ou du prolongement du TER qui relie l’aéroport, Diamniadio et Dakar. Dans les préparatifs des JOJ, les transports ont même fait l’objet d’une attention toute particulière : le 6 octobre dernier, le gouverneur de Dakar Ousmane Kane a proclamé « 166 mesures de régulation et d’apaisement » afin de « permettre aux Jeux de fonctionner sans empêcher Dakar de fonctionner ». Et la plus grande réussite – car elle s’adresse au plus grand nombre – concerne sans nul doute les transports publics avec le BRT (Bus Rapid Transit), entré progressivement en service à partir de 2024.

Aux yeux des autorités sénégalaises, le BRT a même constitué un investissement privilégié, entre l’État et le fonds d’investissement français Meridiam qui a piloté le volet financier du projet et qui en assure la bonne gestion au quotidien. Selon Dr. Thierno Birahim Aw, directeur général du CETUD (Conseil exécutif des transports urbains durables), « le BRT de Dakar est le premier BRT 100% électrique au monde… Dakar est la première ville à avoir eu cette ambition, nous allons même franchir un nouveau pas quand l’énergie des bus sera complètement solaire… Notre conviction est que l’Afrique n’a pas besoin de suivre les mêmes trajectoires que les pays industrialisés. Les sauts qualitatifs sont possibles et le BRT de Dakar le montre bien ». Avec ce nouveau réseau urbain décarboné, Dakar montre aussi le chemin à d’autres capitales africaines : oui, transformer la mobilité des grandes villes est désormais possible.

Des investissements pour demain

Tous ces équipements seront donc au rendez-vous des JOJ. Mais leur importance est ailleurs : ils seront surtout là pour l’après-JOJ, comme par exemple le stade Léopold Sédar Senghor dont l’homologation a été accélérée afin d’être également opérationnel pour les éliminatoires de la prochaine CAN, en mars 2027. Afin de faire perdurer dans le temps toutes ces nouvelles infrastructures, les pouvoirs publics se sont engagés à apporter un soin tout particulier à leur gouvernance et à leur rentabilité financière et sociale.

Comme l’a rappelé lui-même le président de la République Bassirou Diomaye Faye au sujet des infrastructures dédiées aux JOJ, ces dernières « doivent vivre avant les Jeux. Elles doivent vivre pendant les Jeux. Elles doivent surtout vivre après les Jeux ». Début septembre, lors d’une tournée sur les derniers chantiers, le chef de l’État a en effet appelé à faire des infrastructures olympiques des « lieux durables de rassemblement, de création d’emplois et d’activités économiques, au-delà de la compétition ». Pour lui comme pour le gouvernement, il est désormais important – voire essentiel – que les Sénégalais et les Sénégalaises s’approprient ces infrastructures afin d’y organiser des événements culturels et sportifs, des foires commerciales, des ateliers et des formations, ainsi que des rassemblements religieux.

Ce capital foncier sera donc à faire fructifier dans les années qui viennent, et devra permettre de faire éclore des pôles de création d’emplois et d’activités au profit des jeunes et des populations des quartiers. Pour le président Faye, ces infrastructures devront favoriser l’emploi des jeunes et l’entrepreneuriat local, et l’émergence de nouvelles filières économiques : « Le potentiel existe, il vous appartient de le saisir et de le développer. C’est ce qui constituera le véritable héritage de ces Jeux », a-t-il rappelé. Mais pour l’heure, que les Jeux Olympiques de la Jeunesse commencent !

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