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Iran : la doctrine du chaos pour survivre

Téhéran est entré dans une nouvelle ère, celle de la survie à tout prix. L’assassinat du Guide Suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, lors d’une offensive américano-israélienne ce samedi, a déclenché une riposte d’une ampleur inédite. Loin des frappes symboliques du passé, la République islamique a lancé ce que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) qualifie de « plus lourdes opérations offensives de son histoire ». Une escalade qui révèle une refonte profonde de sa doctrine militaire, désormais agressive et asymétrique.

Ce changement stratégique trouve ses racines dans la guerre de douze jours de juin 2025. À l’époque, les tirs de missiles balistiques sur Israël et la base américaine d’Al Udeid au Qatar avaient été largement perçus comme une tentative de sauver la face, la plupart des projectiles ayant été interceptés. Aujourd’hui, le calcul est différent. Selon les analystes, l’Iran ne cherche plus seulement à contenir, mais à saturer ses adversaires pour garantir la survie du régime.

La survie par l’asymétrie

La nouvelle doctrine iranienne repose sur plusieurs piliers, comme l’explique John Phillips, consultant en sécurité et ancien instructeur militaire. Le premier est l’endurance asymétrique : Téhéran accepte de subir des dommages initiaux en dispersant ses structures de commandement et en protégeant ses capacités de seconde frappe dans des « villes-missiles » souterraines.

Le second pilier est la saturation régionale. L’Iran déploie désormais des salves massives de drones Shahed et de missiles balistiques pour submerger les défenses antimissiles israéliennes et américaines. Les frappes sur les aéroports de Dubaï et d’Abou Dhabi, ainsi que sur la ville israélienne de Beit Shemesh, illustrent cette volonté d’imposer un coût élevé sur l’ensemble du théâtre moyen-oriental. Cette stratégie est complétée par l’activation de ses alliés, comme le Hezbollah libanais, qui a tiré une salve de roquettes sur le nord d’Israël en représailles à la mort de Khamenei.

Enfin, Téhéran brandit l’arme économique en menaçant de fermer le détroit d’Ormuz, par lequel transitent près de 30% des hydrocarbures mondiaux. Un chantage destiné à faire pression sur les puissances occidentales et les monarchies du Golfe en agitant le spectre d’une crise économique mondiale.

Un « animal blessé » aux capacités dégradées

Cette stratégie agressive est-elle efficace ? En partie seulement. « En termes de dissuasion, Téhéran a démontré qu’il pouvait encore lancer des attaques significatives », analyse Phillips. L’Iran a forcé les États-Unis et Israël à s’engager dans une campagne défensive et offensive coûteuse et prolongée. Cependant, cette posture a un revers. « Les infrastructures nucléaires et balistiques de l’Iran ont été lourdement endommagées, son économie affaiblie, et la perte de l’Ayatollah Khamenei laisse le régime plus vulnérable que jamais », nuance l’expert.

L’Iran est aujourd’hui un « animal blessé » : plus enclin à prendre des risques, mais opérationnellement contraint par les sanctions, les dégâts subis et une instabilité interne croissante. Sa riposte s’oriente donc vers des « sursauts d’agression épisodiques et calibrés plutôt qu’une guerre permanente de haute intensité ».

Un conflit d’usure aux multiples contraintes

Si l’Iran peut maintenir des opérations de harcèlement (drones, cyberattaques, actions par procuration) pendant des années, il ne peut soutenir une guerre totale. Chaque camp fait face à ses propres limites. Israël, malgré sa supériorité qualitative et le soutien américain, doit composer avec la fatigue de sa population et les coûts diplomatiques d’un conflit prolongé.

Quant aux États-Unis, leur capacité matérielle est immense, comme en témoigne le déploiement de plus de 120 aéronefs dans la région depuis février. Mais la véritable contrainte est politique. L’administration Trump, bien que menaçante, envoie des signaux contradictoires sur la durée du conflit et semble freinée par une opinion publique lasse des interventions au Moyen-Orient. « Le catalyseur d’un arrêt des hostilités sera la volonté politique des alliés et l’influence qu’ils pourront exercer sur le prochain Guide Suprême », conclut Phillips.

Dans l’immédiat, l’avertissement du président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, résonne comme une promesse sombre : « Vous avez franchi notre ligne rouge et vous devez en payer le prix ». Le Moyen-Orient retient son souffle, suspendu à un équilibre précaire entre des frappes dévastatrices et des pauses tacites, où la prochaine erreur de calcul pourrait déclencher un embrasement généralisé.

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