Dans le Cachemire administré par l’Inde, la famille Mughal affirme avoir été frappée par deux drames à 26 ans d’intervalle. Après la mort d’un premier frère en 2000, un second, Rashid Ahmad Mughal, a été tué le 31 mars lors d’une opération de l’armée indienne dans le district de Ganderbal.
D’après Al Jazeera, Rashid avait 32 ans et vivait dans le village de Chunt Waliwar. Son frère aîné, Ajaz Ahmad Mughal, a déclaré qu’il avait quitté la maison ce jour-là avec des documents administratifs pour des habitants qu’il aidait régulièrement, avant de ne plus donner signe de vie. Le lendemain, la famille a appris qu’il figurait parmi les personnes tuées lors d’une opération menée par l’armée avec la police dans la zone d’Arahama, après des renseignements signalant la présence de combattants rebelles.
L’armée indienne a indiqué que Rashid avait été tué lors d’un échange de tirs en forêt avec des rebelles. Des habitants et sa famille contestent cette version et parlent d’un “fake encounter”, expression employée au Cachemire pour désigner une exécution extrajudiciaire présumée maquillée en affrontement armé. Ajaz Ahmad Mughal a affirmé à Al Jazeera avoir identifié le corps de son frère dans une ambulance, disant que son visage était mutilé et que les vêtements qu’il portait ne lui appartenaient pas. Selon un policier cité anonymement par le média, Rashid n’avait aucun antécédent défavorable dans les registres de police et n’avait jamais été convoqué dans une affaire liée à la rébellion.
Le corps de Rashid a ensuite été enterré à Kupwara, à environ 80 kilomètres du domicile familial, dans un cimetière réservé aux rebelles présumés. Les autorités n’ont autorisé que son frère Ajaz à assister aux funérailles. Selon Al Jazeera, la restitution éventuelle du corps à la famille dépendrait de la nature du rapport d’enquête transmis par le magistrat. Une enquête administrative a bien été ordonnée par le gouverneur nommé par New Delhi, avec une échéance annoncée de sept jours, mais aucun rapport n’avait été publié près d’un mois plus tard.
Cette affaire ravive un premier drame vécu par la même famille. En janvier 2000, leur frère Ishfaq, alors âgé de 23 ans, avait été abattu à leur domicile par des hommes armés venus le chercher, selon le récit de ses proches. La famille affirme qu’il travaillait pour l’armée indienne. Son corps aurait ensuite été emporté, et ses proches disent attendre depuis lors la restitution de ses restes pour pouvoir accomplir les rites funéraires islamiques.
La famille Mughal appartient à la communauté gujjar, un groupe tribal musulman du Cachemire. Le reportage rappelle que cette communauté, historiquement perçue comme proche de l’État indien, dénonce aujourd’hui une pression croissante depuis la révocation en 2019 de l’autonomie partielle du Cachemire. Le média cite aussi des données d’organisations de défense des droits humains et des déclarations d’experts évoquant des allégations répétées d’exécutions extrajudiciaires, de détentions préventives et d’absence de poursuites dans plusieurs dossiers antérieurs. L’armée et la police régionales, sollicitées par Al Jazeera sur les accusations de la famille, n’avaient pas répondu.