Alors que les frappes américaines et israéliennes se poursuivent contre l’Iran, des fuites alarmantes du Pentagone révèlent une vulnérabilité majeure : les stocks de munitions critiques des États-Unis pourraient s’épuiser en à peine dix jours de conflit intense. Cette perspective met en lumière un décalage inquiétant entre les ambitions militaires de Washington et sa capacité industrielle à les soutenir.
Malgré les assurances du président Donald Trump, qui évoque sur son réseau social des « réserves quasiment illimitées », ses plus hauts responsables militaires tirent la sonnette d’alarme. Selon plusieurs médias américains, des officiels du Pentagone, y compris le chef d’état-major des armées, le général Dan Caine, auraient prévenu la Maison Blanche des « risques sérieux » d’une campagne prolongée. En cause : l’épuisement des stocks, déjà mis à rude épreuve par le soutien militaire massif apporté à l’Ukraine et à Israël.
L’opération en cours mobilise pourtant un arsenal formidable. Le CENTCOM a confirmé l’emploi de plus de vingt systèmes d’armes, incluant des bombardiers furtifs B-2, des chasseurs F-35, des drones Reaper, des missiles de croisière Tomahawk et des systèmes de défense sophistiqués comme le Patriot et le THAAD, appuyés par deux porte-avions.
L’histoire récente sert d’avertissement. Durant la guerre de douze jours entre l’Iran et Israël en 2025, les forces américaines avaient dû tirer plus de 150 intercepteurs THAAD pour contrer les missiles iraniens, consommant ainsi un quart de leur stock total. Une leçon coûteuse sur la rapidité avec laquelle ces ressources précieuses peuvent fondre.
Le véritable défi est asymétrique. Des analystes et officiels, dont le secrétaire d’État Marco Rubio, soulignent que l’Iran peut produire massivement des missiles et des drones à bas coût, bien plus rapidement que les États-Unis ne peuvent fabriquer leurs intercepteurs complexes et onéreux. « Ils produisent, selon certaines estimations, plus de 100 de ces missiles par mois. Comparez cela aux six ou sept intercepteurs qui peuvent être construits mensuellement », a déclaré M. Rubio, pointant une guerre d’usure industrielle que Washington pourrait peiner à gagner.
Pour Christopher Preble, chercheur au Stimson Center, le problème n’est pas tant financier – le budget de la défense américain dépassant le millier de milliards de dollars – que logistique et industriel. « Il est raisonnable de penser que le rythme actuel des interceptions ne pourrait pas continuer indéfiniment », explique-t-il à Al Jazeera. Remplacer un missile Patriot ou un SM-6 est un processus long et complexe. La seule alternative serait de prélever ces systèmes sur d’autres théâtres d’opérations stratégiques, comme l’Europe de l’Est face à la Russie ou la zone indopacifique face à la Chine, créant ainsi de nouvelles vulnérabilités.
La campagne militaire contre l’Iran, estimée à près de 800 millions de dollars dès les premières 24 heures, révèle ainsi une potentielle faille stratégique pour les États-Unis. Au-delà de la puissance de feu immédiate, c’est la capacité à soutenir un conflit dans la durée qui est aujourd’hui remise en question. Face à un adversaire capable de mener une guerre d’attrition, l’arsenal américain, si avancé soit-il, pourrait se heurter aux limites de sa propre base industrielle.