La région de la Corne de l’Afrique traverse l’une des périodes les plus périlleuses de son histoire, dans un contexte marqué par les tentatives persistantes des organisations islamistes extrémistes, au premier rang desquelles figure la confrérie des Frères musulmans, de semer le chaos et de mettre en œuvre des plans clandestins visant à asseoir leur emprise sur la région, en exploitant la guerre au Soudan comme une occasion de parvenir à leurs fins.
Depuis le début de l’année en cours, différents rapports font état d’une opération de recrutement transfrontalière visant à entraîner la région de la Corne de l’Afrique dans le conflit soudanais, comme l’a confirmé la plateforme Ethiopia Insight.
Selon le rapport de la plateforme, les évolutions géopolitiques dans la région de la Corne de l’Afrique révèlent l’existence d’un réseau complexe et en expansion d’interventions militaires régionales, d’opérations de traite d’êtres humains transfrontalières et de recrutement de combattants au profit de parties extérieures. Autant de facteurs qui alimentent la guerre en cours au Soudan.
De la Somalie, où se trouvent des centres d’entraînement militaire, aux réseaux de recrutement de jeunes opérant depuis la région éthiopienne du Tigré, Ethiopia Insight met en garde contre la réapparition de factions politiques affiliées à la confrérie des Frères musulmans, destinées à constituer des lignes d’approvisionnement transfrontalières acheminant des combattants vers l’armée soudanaise, ses alliés islamistes et les mouvements armés.
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La plateforme redoute que l’ensemble de ces développements ne traduise un changement radical de la nature du conflit. Celui-ci ne se limite plus à des affrontements militaires internes au Soudan, mais repose de plus en plus sur une infrastructure transfrontalière à caractère commercial, menaçant ainsi la stabilité de l’ensemble de la région de la Corne de l’Afrique.
Dans un signe de convergence d’intérêts entre des États de la région et la confrérie des Frères musulmans, la plateforme Sawt al-Qarn al-Afriqi (La Voix de la Corne de l’Afrique) affirme, dans une publication antérieure sur son compte X, que l’Arabie saoudite a supervisé directement un vaste programme d’entraînement militaire dans la région de Galgaduud, en Somalie. Ce programme aurait concerné plus de 5 000 recrues somaliennes, formées en qualité de mercenaires en vue de leur déploiement direct au Soudan pour combattre aux côtés de l’armée dirigée par Abdel Fattah al-Burhan.
Durant ce mois de novembre, les débats ont de nouveau pris de l’ampleur au sein de la scène politique soudanaise autour de l’exploitation, par la confrérie des Frères musulmans, des tensions qui secouent le Soudan, l’Éthiopie et l’Érythrée, afin d’imposer le recrutement forcé d’habitants de la région éthiopienne du Tigré pour combattre aux côtés de l’armée soudanaise.
À cet égard, la plateforme Sahih al-Sudan fait état de craintes quant à l’élargissement du conflit soudanais et à son imbrication avec les affrontements dans les pays voisins. Des vidéos largement diffusées ont ainsi montré un groupe de jeunes hommes, vêtus d’uniformes militaires et s’exprimant en langue tigrigna, aux mains des Forces de soutien rapide.
Le Soudan est plongé depuis avril 2023 dans une guerre opposant l’armée soudanaise, dirigée par Abdel Fattah al-Burhan et alliée aux brigades des Frères musulmans ainsi qu’à des mouvements armés, aux forces de l’alliance Tasis. L’armée a toutefois entrepris d’obtenir un soutien régional auprès de parties extérieures, contribuant ainsi à complexifier davantage la situation sur le terrain soudanais.
La plateforme Sahih al-Sudan revient sur l’un des enregistrements dans lequel un jeune homme originaire du Tigré, en Éthiopie, affirme qu’ils ont été contraints de prendre part à la guerre au Soudan après avoir été recrutés de force. Le commentaire accompagnant les vidéos évoque des promesses de salaires mensuels de 200 dollars pour les attirer.
La plateforme ajoute que les enregistrements identifient ces jeunes hommes comme originaires de la région du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, et font état de leur recrutement par des entités liées au Front de libération du peuple du Tigré, avant leur envoi au combat aux côtés de l’armée soudanaise. Elle souligne que l’apparition de ces jeunes hommes remet sur le devant de la scène la question de la participation de combattants du Tigré aux côtés de l’armée soudanaise et soulève de graves interrogations quant au recours, par le commandement d’Abdel Fattah al-Burhan, à des combattants étrangers dans une guerre dont les Soudanais paient un lourd tribut depuis avril 2023.
La plateforme évoque également, dans le même temps, des témoignages d’habitants et des déclarations recueillies dans la région, qui signalent le « recours de l’armée soudanaise à des combattants originaires de la région du Tigré lors des opérations visant à reprendre la ville de Wad Madani, en janvier 2025 ».
Un rapport publié par Addis Standard avait auparavant relayé les inquiétudes du Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, concernant l’existence de réseaux clandestins opérant dans la région du Tigré. Il avait précisé que ces groupes illégaux s’employaient à recruter des jeunes, y compris des mineurs, et à les faire passer clandestinement à travers les frontières pour participer à un conflit en cours au Soudan, avec lequel ils n’entretiennent aucun lien direct.
À l’époque, le Premier ministre éthiopien avait indiqué que ces réseaux de recrutement exploitaient systématiquement la fragilité de la situation économique au Tigré dans la période d’après-guerre, ainsi que la dégradation des conditions humanitaires, afin d’attirer les jeunes les plus vulnérables.
Les mises en garde d’Abiy Ahmed portaient alors également sur les menaces transfrontalières. Il avait souligné que ces pratiques constituaient un grave défi sécuritaire et humanitaire dépassant les frontières de l’Éthiopie, faisant craindre une remilitarisation des populations vulnérables et la création d’une situation d’instabilité durable le long des frontières communes.
Enfin, une étude analytique approfondie publiée par le journal The Sudan Times rappelle que la prolongation de la guerre a entraîné l’émergence d’un vide du pouvoir au Soudan, permettant à des réseaux politiques et militaires liés à la confrérie des Frères musulmans de retrouver une assise au sein des institutions de l’État et de l’armée soudanaise, sur fond de craintes de voir ce chaos s’étendre aux pays voisins.
