Dans le département des Landes, la gestion du maintien de l’ordre lors des manifestations agricoles a provoqué une rupture brutale au sommet de la hiérarchie sécuritaire locale. Alors que le mouvement de contestation contre les accords de libre-échange battait son plein, la Directrice départementale de la police nationale (DDPN) a pris une décision de terrain qui s’est heurtée frontalement aux instructions de l’autorité préfectorale, entraînant son éviction immédiate.
Les événements, rapportés par l’agence Anadolu, remontent au 11 janvier dernier à Mont-de-Marsan. Ce jour-là, des agriculteurs s’étaient rassemblés devant la préfecture pour exprimer leur opposition au traité entre l’Union européenne et le Mercosur. La tension était palpable, mais la gestion de la situation a donné lieu à une divergence d’appréciation majeure entre le préfet Gilles Clavreul et la commissaire Agnès Mazin-Bottier.
Une divergence d’analyse sur le terrain
Selon nos informations, alors que certains manifestants entreprenaient d’attacher une chaîne aux grilles du bâtiment préfectoral, le représentant de l’État, pilotant les opérations à distance, a donné l’ordre formel de procéder à des interpellations. Présente sur les lieux, la directrice de la police a opposé un refus catégorique à cette instruction.
Pour justifier sa position, la commissaire a fait valoir son analyse opérationnelle de la situation : elle a estimé qu’il n’y avait ni trouble avéré à l’ordre public, ni dégradations suffisantes pour justifier une intervention coercitive à ce moment précis. Selon plusieurs de ses collègues, elle a jugé que l’usage de la force n’était pas proportionné aux faits observés in situ.
Sanction immédiate et soutien syndical
La réaction de l’autorité administrative ne s’est pas fait attendre. Agnès Mazin-Bottier a reçu par la suite un message du préfet lui notifiant son retrait de commandement pour désobéissance. Cette décision a provoqué une levée de boucliers au sein de l’institution policière.
Le Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) a vivement réagi dans un communiqué publié le 22 janvier. L’organisation a qualifié les méthodes employées d’« humiliantes » et a remis en cause la légalité même des instructions préfectorales, estimant qu’elles manquaient de discernement dans un contexte qualifié d’exceptionnel. Le syndicat a par ailleurs rappelé les consignes du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui préconisait le dialogue et la négociation face à la colère du monde agricole.
Face à cette situation, Agnès Mazin-Bottier a fait le choix d’une retraite anticipée. Une vidéo diffusée le 26 janvier par le SCPN montre son départ du commissariat, sous les applaudissements nourris de ses collègues venus lui témoigner leur solidarité face à ce qu’ils considèrent, selon les mots du secrétaire général Frédéric Lauze, comme une attitude « méprisante » de la part de l’administration préfectorale.