France : Jugée « insuffisante » par le gouvernement, la justification avancée par ce géant technologique sur ses liens avec la police américaine

Une affaire de contrat outre-Atlantique s’est invitée dans les débats à l’Assemblée nationale française, mettant en lumière la responsabilité des multinationales vis-à-vis de leurs filiales étrangères. Interpellé sur les agissements d’une structure américaine travaillant directement avec les services d’immigration, le ministre de l’Économie a publiquement recadré la direction du groupe concerné. La ligne de défense invoquant l’indépendance de la gestion locale n’a pas convaincu l’exécutif.

**Une exigence de transparence totale**

Roland Lescure, ministre français de l’Économie, a adressé une demande explicite au groupe informatique Capgemini lors de la séance de questions au gouvernement. Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, le ministre a exhorté l’entreprise à s’expliquer sur un contrat liant sa filiale américaine à l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), la police de l’immigration des États-Unis.

« J’engage Capgemini à faire la lumière de manière extrêmement transparente sur les activités qui sont les siennes et à questionner la nature de ces activités », a déclaré Roland Lescure devant les parlementaires.

**Des outils de localisation au cœur du dossier**

Cette intervention ministérielle fait suite à des éléments diffusés par l’émission « L’Œil du 20 heures » et repris par l’association « L’Observatoire des multinationales ». Ces rapports indiquent que Capgemini aurait fourni à l’ICE un outil permettant l’identification et la localisation de personnes étrangères.

L’enquête souligne qu’une mention explicite figurait récemment sur le site internet du groupe, avant d’être retirée. Le texte promotionnel indiquait que l’entreprise travaillait « étroitement pour aider à réduire les délais et les coûts dans l’expulsion de tous les étrangers illégaux des États-Unis ».

**L’argument de l’étanchéité rejeté par Bercy**

Face à ces éléments, le directeur général de Capgemini, Aiman Ezzat, a fait valoir une position de distanciation. Il a affirmé avoir pris connaissance de ce contrat « par des sources publiques », soulignant que la filiale américaine opère de manière indépendante, soumise à la législation locale et protégée par des « réseaux étanches ».

Une explication que le gouvernement français refuse de valider. Roland Lescure a rapporté la teneur de ses échanges avec la direction du groupe : « Je leur ai dit entre nous que cette explication ne suffisait pas et que la moindre des choses, (…) c’est qu’une entreprise qui détient des filiales sache ce qui se passe dans ces entreprises ». Le ministre a précisé que Capgemini s’était engagé à répondre à cette exigence de supervision.

**Le contexte sensible de l’ICE**

L’agence fédérale américaine, rattachée au département de la Sécurité intérieure, est chargée de l’application des lois sur l’immigration et des expulsions. Ses méthodes font régulièrement l’objet de critiques de la part d’organisations de défense des droits humains.

La pression s’est accentuée récemment alors que l’ICE est mise en cause dans le décès de deux citoyens américains à Minneapolis en l’espace de trois semaines, bien que les autorités américaines continuent de défendre le rôle de l’agence au nom du respect de la loi.

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