États-Unis : l’arrestation d’une étudiante à Columbia met au jour le stratagème des agents de l’immigration

L’interpellation matinale d’une étudiante sur le campus de l’Université Columbia, à New York, provoque une onde de choc institutionnelle. Les autorités académiques accusent les services d’immigration américains d’avoir délibérément contourné les règles d’accès pour pénétrer dans les résidences universitaires.

L’opération s’est déroulée jeudi vers 6h30 (heure locale). Selon les déclarations de la présidente par intérim de l’université, Claire Shipman, des agents du département de la Sécurité intérieure (DHS) se sont introduits dans un bâtiment résidentiel du campus. Pour franchir les accès sécurisés, ces derniers auraient utilisé un prétexte précis : la recherche d’une « personne disparue ».

La direction de Columbia souligne que les agents ne disposaient que d’un mandat administratif, un document interne jugé insuffisant pour accéder à des zones privées nécessitant un badge. L’institution rappelle que toute intervention de ce type requiert un mandat ou une assignation judiciaire. De son côté, l’agence fédérale de l’immigration (ICE) affirme, dans une déclaration transmise à la chaîne américaine NBC News, que le gestionnaire de l’immeuble et la colocataire de l’étudiante ont volontairement laissé entrer les officiers.

La personne ciblée, identifiée par l’ICE sous le nom d’Elmina Aghayeva, est une chercheuse en neurosciences. Dans un message envoyé tôt jeudi à un groupe d’étudiants, elle a alerté ses camarades : « Le DHS m’a arrêtée illégalement. Aidez-moi s’il vous plaît ». L’agence gouvernementale justifie cette interpellation par l’annulation du visa étudiant de l’intéressée depuis 2016 pour « défaut d’assiduité aux cours ».

L’affaire a rapidement pris une dimension politique. À la mi-journée, le maire de New York, Zohran Mamdani, a annoncé s’être entretenu directement avec le président Donald Trump. À l’issue de cet échange, l’édile a fait savoir que le chef de l’État lui avait assuré que l’étudiante serait libérée de façon imminente.

Comme le rapporte Al Jazeera, cet incident s’inscrit dans le cadre de la vaste campagne de déportations menée par l’administration Trump. Depuis son retour aux affaires en janvier 2025, plusieurs étudiants de Columbia engagés dans la défense de la cause palestinienne, à l’image des résidents américains Mahmoud Khalil et Mohsen Mahdawi, ont été ciblés par les autorités. Des manifestations ont d’ailleurs éclaté jeudi sur le campus en réaction à cette nouvelle arrestation.

Les condamnations politiques se multiplient dans l’État de New York. La gouverneure Kathy Hochul a fustigé les méthodes de l’ICE, accusant les agents d’avoir menti pour accéder à une résidence privée, et a appelé à l’adoption d’une loi interdisant ces interventions dans des lieux sensibles comme les écoles ou les dortoirs. Le représentant démocrate Jerry Nadler a, pour sa part, accusé l’agence de « terroriser » les résidents et d’arracher les étudiants à leur domicile.

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