En politique, on n’utilise pas les forces de l’Ordre, elles font désordre. Dans son combat contre celui qui lui semble un obstacle dans la « pacification » de son opposition, Macky Sall vient de faire une erreur qu’il payera au prix fort.
Dans cette affaire de la Place de l’Indépendance, qu’aucune opinion publique, de la plus délurée à la plus ample informée, ne pourrait comprendre, est l’intrusion de la Force Publique dans ce débat. En politique, ce sont les entourloupes, les crocs-en-jambe et autres désarçonnements qui font les coups de génies.
François Miterrand, que la presse Française avait fini de surnommer ‘’Demi-dieu’’ de par sa capacité à ruser et diviser l’adversaire, n’a jamais tripatouillé la Constitution, ni utilisé une quelconque force de Police, pour assener des coups fatals à son opposition. Au plus fort de la bipolarité gauche-droite, alors que le Parti communiste agonisait du fait de la désagrégation de l’Union Soviétique, il boosta le Front National, pour en faire un troisième front, une espèce de pôle du désordre. Et surtout canaliser et contrôler les mécontentements xénophobes qui pourraient le gêner dans son règne. C’est ça la politique. C’est tout un art de donner des coups, en silence, dans l’ombre ou le noir. Résoudre les problèmes politiques par des attitudes politiciennes, dans le sens noble du terme.
Abdou Diouf, en son temps, a même utilisé l’Armée, en plus de la Police et de la Justice pour assoir et conserver son Pouvoir. C’est tout cela, qui a créé et entretenu Abdoulaye Wade.
Abdoulaye Wade, dont on disait qu’il était une bête politique, ce dont j’ai toujours douté, étant entendu que, quand, réellement, on est un fin politique, on ne passe pas par des tripatouillages de constitution, des manipulations de la Justice et des achats de conscience pour ‘’politiquer’’, a subi la colère populaire sans qu’aucune force n y puisse quoi que ce soit.
Tout politicien, arrivé au sommet de l’Etat, par la voie normale, devrait comprendre que l’utilisation de la Force pour régler des problèmes politiques, se fait contre lui-même. Le champ politique a ses règles. Toutes les organisations ont leur code de conduite et d’honneur. Même les organisations criminelles, comme la Mafia, ont des devoirs « d’honnêteté et de fidélité ». Le champ politique ne déroge pas à ces règles.
Les saisines judiciaires ou les répressions policières ne sont pas des réponses adéquates à des questions politiques.
En recourant à la force pour régler ses problèmes politiques, le Président Macky Sall, prend le plus mauvais des choix de la quiétude de son mandat et de la conservation de son pouvoir.
Il doit savoir, et je crois qu’il le sait, que le taux qui mène au pouvoir dans le vote des Sénégalais, est émotionnel, et dans ce sentiment, figure en très bonne place la ‘’martyrisation’’. La majorité des électeurs Sénégalais, ne lisent ou ne savent pas lire les programmes des candidats. Ils ne sont guidés que par leurs sentiments, selon, que celui-là, a été ou non, victime du système en place. Idrissa Seck a bénéficié, malgré tout ce que l’opinion lui reprochait, de cet élan, en 2007. Macky Sall en a largement profité, si, ce n’est, ce qui l’a porté à la magistrature suprême.
En convoquant les forces de l’ordre dans le conflit d’intérêts de l’embellissement de la Place de l’Indépendance, il y a eu maldonne. Dans une lutte pour le Bien-faire ou le Bien-être d’une minorité de Sénégalais, alors que les priorités sont vraiment ailleurs, les Autorités de la République, qui ont enclenché cette action, ont porté énormément de torts à la Gouvernance du Président de la République. Si, c’est lui, qui est à la base de cette décision, c’est une erreur politique qu’il va payer cash ou à long terme.
Macky Sall aura réussi, ce que l’opposition n’a pu jusqu’à présent faire. Trouver une icône de la lutte contre son pouvoir et sa survie, cristalliser les mécontentements autour d’une personne ou d’un prétexte. Macky Sall a non seulement trouvé un cheval de bataille à tous ceux qui sont contre lui, mais, il leur a trouvé un jockey émérite et un joker inattendu.
Macky a trouvé une Place de combat pour une nouvelle opposition qu’il a créée de toutes pièces.
Macky Sall vient de révéler son adversaire de 2017 et de le lancer en orbite, à une hauteur où, il aura du mal à le faire redescendre.
Khalifa Sall va cristalliser tous les mécontentements ambiants.
Macky Sall vient de lancer Khalifa Sall. Serait- ce, cela, la dynastie des Sall ?
Et Macky créa Khalifa…
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