L’administration américaine collabore régulièrement avec le secteur privé pour optimiser ses opérations de sécurité intérieure et de gestion des frontières. Si les entreprises technologiques locales sont souvent privilégiées pour ces missions sensibles, une enquête récente met en lumière l’implication directe d’une multinationale française de premier plan dans les dispositifs de contrôle migratoire outre-Atlantique.
Selon les éléments rapportés par l’agence Anadolu, basés sur une investigation de France Télévisions, c’est le groupe Capgemini qui opère désormais aux côtés de la police fédérale américaine de l’immigration, l’Immigration and Customs Enforcement (ICE).
**Un contrat centré sur la localisation**
Ce géant des services du numérique, coté au CAC 40 et employant environ 350 000 personnes dans le monde, a remporté des marchés via sa filiale américaine. Les documents consultés dans les bases de données fédérales indiquent que Capgemini fournit des prestations spécifiques d’identification et de localisation d’étrangers. Cette pratique, désignée techniquement sous le terme de « skip tracing », vise à retrouver la trace de personnes recherchées par les services d’immigration.
Le montant potentiel de ce marché est significatif. D’après les données disponibles, la part obtenue par l’entreprise française pourrait atteindre jusqu’à 365 millions de dollars. Les termes contractuels prévoient notamment des bonus financiers indexés sur le taux de réussite dans la vérification des adresses des individus ciblés.
**Gestion de centres d’appels et communication ajustée**
Outre la localisation, les prestations incluent la gestion d’un centre d’appels dédié aux victimes de crimes commis par des étrangers. Ce dispositif avait été initialement mis en place sous la présidence de Donald Trump. La filiale américaine du groupe collabore également avec d’autres administrations fédérales, telles que le ministère de la Santé ou celui des Anciens Combattants.
L’enquête souligne par ailleurs une modification récente sur le site internet de l’entreprise. L’Observatoire des multinationales a relevé la suppression d’une mention indiquant que le groupe travaillait à « réduire les délais et les coûts dans l’expulsion de tous les étrangers illégaux des États-Unis ».
**La position du siège français**
Sollicitée sur ces activités, la direction de Capgemini a réagi par voie de communiqué. L’entreprise affirme être dans l’impossibilité d’accéder au détail des contrats conclus par sa filiale américaine, ceux-ci étant classifiés conformément aux réglementations des États-Unis. Le groupe a toutefois précisé qu’il s’engageait à examiner ces partenariats plus en détail.
Pour rappel, l’ICE est l’agence fédérale rattachée au département de la Sécurité intérieure, chargée de l’application des lois sur l’immigration et de l’exécution des expulsions sur le territoire américain.