Alors que l’attention internationale reste focalisée sur la ligne de front en Ukraine, une autre bataille se joue dans l’ombre, sur le sol russe lui-même. La logistique militaire de Moscou, essentielle pour alimenter ses troupes, fait face à des perturbations croissantes loin des zones de combat direct. Un incident récent dans la région de Bryansk illustre cette vulnérabilité interne : l’arrêt brutal d’un convoi ferroviaire stratégique, non pas dû à une panne technique ordinaire, mais à une action ciblée.
Ce week-end, une ligne ferroviaire acheminant des armes et du ravitaillement vers le front a été paralysée dans l’ouest de la Russie, près de la frontière ukrainienne. Selon les informations rapportées par notre rédaction via Al Jazeera, cette interruption a été provoquée par une coupure de courant soudaine. L’origine de cette panne a été localisée au niveau d’une sous-station électrique voisine, ravagée par un incendie.
L’incident a été rapidement revendiqué par le mouvement de résistance Atesh. Dans une déclaration publiée sur sa chaîne Telegram, suivie par 52 000 personnes, l’organisation a affirmé cibler « précisément les points faibles du réseau électrique de l’ennemi » afin de paralyser ses arrières. Le nom du groupe, signifiant « feu » en tatar de Crimée, résonne directement avec la nature de l’acte commis à Bryansk.
Une guerre d’usure de l’intérieur
Au-delà de cet événement ponctuel, c’est l’ampleur du phénomène qui retient l’attention. D’après un rapport de l’ACLED (Armed Conflict Location and Event Data), Atesh serait responsable de plus de la moitié des actes de sabotage perpétrés l’année dernière dans les territoires contrôlés par la Russie. Le coordinateur de l’organisation a expliqué à Al Jazeera que leur stratégie repose sur l’usure : « Les occupants ne peuvent pas surveiller chaque camion ou chaque mètre de rail dans leur dos. »
Fondé en septembre 2022, le mouvement trouve ses racines au sein de la communauté des Tatars de Crimée, une minorité ethnique nourrissant de lourds griefs historiques contre Moscou, notamment depuis la déportation massive ordonnée par Staline en 1944 et l’annexion de la péninsule en 2014. Toutefois, les rangs d’Atesh ne se limitent pas à cette seule communauté. Le groupe intègre également des Ukrainiens et, fait notable, des citoyens russes et biélorusses opposés à la guerre.
Infiltration et sécurité numérique
Le mode opératoire décrit par le mouvement repose sur une structure décentralisée pour éviter l’infiltration par les services de sécurité russes (FSB). Les agents opèrent en cellules autonomes et ne se connaissent pas entre eux. La communication s’effectue strictement via des applications cryptées, avec une formation poussée en « hygiène numérique » pour les recrues.
Outre le sabotage physique, comme l’incendie de locomotives à Rostov ou la destruction de tours de communication à Tula, le groupe mène des activités de renseignement. Ils affirment avoir infiltré les forces armées russes et la Garde nationale, obtenant des informations sur les mouvements de véhicules de combat, qu’ils partagent ensuite avec les services de renseignement ukrainiens.