En France, la magistrate Magali Lafourcade identifie les signaux précis qui menacent désormais l’État de droit

La situation de la justice en France traverse une zone de turbulences inédite, marquée par des tensions croissantes entre le pouvoir exécutif et l’autorité judiciaire. Invitée ce mardi sur les ondes de France Inter pour la promotion de son ouvrage « La justice en procès », la magistrate Magali Lafourcade a dressé un constat préoccupant sur l’indépendance des juges, pointant des événements récents qui, selon elle, constituent de véritables « points de bascule » pour l’État de droit.

L’intervention de la magistrate met en lumière une dégradation des rapports institutionnels, illustrée par des épisodes où la parole politique s’est affranchie du respect des décisions de justice. Magali Lafourcade est revenue spécifiquement sur les propos tenus en 2023 par Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur. Ce dernier avait publiquement affirmé son intention de ne pas respecter certaines décisions judiciaires, notamment dans le cadre de l’expulsion d’un ressortissant ouzbek, une posture dont il s’était alors félicité. Pour la magistrate, ce type de déclaration émanant d’un haut responsable de l’exécutif fragilise l’édifice démocratique.

Outre les frictions avec le gouvernement, l’institution judiciaire fait face à un climat d’insécurité grandissant. Les données rapportées par Anadolu indiquent une augmentation significative des intimidations visant le corps magistral au cours des années 204 et 2025. « On n’a jamais eu autant d’attaques contre la justice et jamais autant de magistrats menacés de mort dans notre pays », a souligné Magali Lafourcade, décrivant un environnement de travail sous haute tension.

Les pressions ne se limitent pas à la sphère nationale. La magistrate a également évoqué des tentatives d’influence extérieure, citant un cas impliquant deux diplomates américains. Ces derniers auraient tenté d’intervenir pour qualifier de « procès politique » les procédures visant Marine Le Pen et le Rassemblement national. Cette ingérence étrangère s’ajoute aux défis internes, alors que l’année 2026 s’annonce particulièrement délicate avec l’audiencement d’affaires médiatiques majeures, dont celles concernant l’ancien président Nicolas Sarkozy et le financement libyen.

Si Magali Lafourcade nuance son propos en précisant que la France n’a pas atteint le niveau de confrontation observé aux États-Unis, elle estime néanmoins que le pays « n’est plus tout à fait dans l’État de droit ». Elle pointe également le vote de la loi sur l’immigration, dont plusieurs dispositions ont été censurées par le Conseil constitutionnel, comme un autre symptôme de cette volonté politique de contourner les garde-fous juridiques.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire