Les premiers résultats des élections législatives au Népal dessinent un bouleversement majeur du paysage politique national. Ce scrutin, le premier depuis le soulèvement populaire de 2025, est marqué par la percée d’une nouvelle formation politique et la défaite d’une figure historique du pays.
Le parti Rastriya Swatantra (RSP) a d’ores et déjà remporté 60 des 165 sièges pourvus au suffrage direct et fait la course en tête dans 61 autres circonscriptions, selon les chiffres publiés samedi par la Commission électorale népalaise. Le candidat du parti au poste de Premier ministre, Balendra Shah, 35 ans, s’est imposé dans un district du sud-est face à l’ancien chef du gouvernement, Khadga Prasad Oli. L’écart est conséquent : le candidat du RSP a récolté près de quatre fois plus de voix que son adversaire.
Ingénieur civil de formation, Balendra Shah, surnommé « Balen », s’est d’abord fait connaître en tant que rappeur. Ses textes, dénonçant la corruption et les inégalités, sont devenus les hymnes des manifestations de septembre 2025. Son titre « Nepal Haseko » a notamment cumulé plus de 10 millions de vues sur YouTube durant cette période de troubles.
Ces élections interviennent un an après un soulèvement massif de la jeunesse. Initialement déclenchée par l’interdiction des réseaux sociaux, la contestation s’était transformée en un mouvement de fond contre la stagnation économique et la corruption, causant la mort de 77 personnes et aboutissant à la chute du gouvernement de Khadga Prasad Oli.
Pour cette campagne, le candidat de 35 ans a axé son programme sur l’accès à la santé et à l’éducation pour les couches les plus défavorisées. Le RSP, fondé en 2022 dans la foulée de l’élection surprise de Balendra Shah à la mairie de Katmandou, s’est appuyé sur une organisation rigoureuse. Le parti a déployé une équipe de plus de 660 personnes dédiée aux réseaux sociaux et a bénéficié de financements de la diaspora, notamment établie aux États-Unis.
L’ancien Premier ministre a reconnu sa défaite via une publication sur le réseau social X, adressant ses félicitations à Balendra Shah et lui souhaitant un mandat de cinq ans couronné de succès.
Comme le rapporte la chaîne Al Jazeera, qui suit de près cette transition politique, cette victoire met en lumière un fossé générationnel marqué. Plus de 40 % des 30 millions de Népalais ont moins de 35 ans, tandis que les dirigeants des partis traditionnels sont pour la plupart septuagénaires. Le journaliste népalais Pranaya Rana a d’ailleurs souligné auprès d’Al Jazeera que le nouveau vainqueur incarne cet esprit de rupture recherché par la jeunesse pour bousculer l’ordre établi.