Le long feuilleton judiciaire autour de l’ouvrage consacré à la gestion du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD) a connu son épilogue. La plus haute juridiction du pays a tranché en dernier ressort le litige opposant l’ancien directeur de l’institution à deux figures de l’espace public sénégalais.
Selon les informations rapportées par Sud Quotidien, la Cour suprême du Sénégal a définitivement rejeté les pourvois introduits par le journaliste Pape Alé Niang et l’écrivain Mody Niang. Cet arrêt vient confirmer la décision rendue en mai 2025 par la Cour d’appel de Dakar, qui les avait reconnus coupables de diffamation à l’encontre de Cheikh Oumar Anne, suite à la publication de leur livre intitulé « Scandale au cœur de la République : le dossier COUD ».
La procédure avait démarré devant le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar. Le 27 octobre 2020, une première condamnation avait été prononcée : trois mois de prison avec sursis, une amende de 200 000 FCFA et le paiement solidaire de 10 millions de FCFA de dommages et intérêts. Si la Cour d’appel a par la suite réduit cette compensation financière à 5 millions de FCFA, elle a maintenu la culpabilité des deux prévenus.
Devant la juridiction suprême, la défense s’est appuyée sur l’argument de la bonne foi, en invoquant un rapport de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC). Les auteurs soutenaient que ce document attestait de la véracité de leurs écrits et relevait de l’intérêt public. Les magistrats ont cependant écarté cette ligne de défense, relevant des écarts manifestes entre les affirmations du livre et le contenu réel du rapport. À titre d’exemple, la Cour a souligné que le document de l’OFNAC faisait état d’une augmentation de 155 employés originaires de Ndioum, et non de 400 comme avancé dans l’ouvrage. De plus, aucune recommandation de poursuite judiciaire ou de relèvement de fonctions ne visait Cheikh Oumar Anne dans ce rapport d’audit.
Dans sa motivation, la Cour suprême a qualifié les écrits des prévenus d’« extrapolations trompeuses » et de « généralisations abusives ». Les juges ont estimé que, bien que l’information du public sur la gestion des deniers de l’État revête un intérêt légitime, la démarche des auteurs témoignait d’un manque de prudence et d’une animosité personnelle. La condamnation est ainsi entérinée, et les deux prévenus devront s’acquitter des dépens, refermant définitivement ce dossier.
C’est une décision qui laisse un goût amer et pose une question fondamentale : La justice cherche-t-elle la vérité ou l’exactitude comptable ?
La justice est-elle encore le rempart du bien commun, ou devient-elle le piège de ceux qui tentent de le protéger ?