Longtemps cantonnés aux seuls métiers de l’enseignement, les diplômés en langue arabe au Sénégal voient leur horizon professionnel s’élargir. La Délégation générale aux Affaires religieuses (DEGAR) met en œuvre une nouvelle stratégie de financement qui ne repose plus uniquement sur les fonds publics sénégalais, mais sur une offensive diplomatique ciblée vers des partenaires internationaux.
C’est une rupture avec soixante années de pratiques administratives. Djim Ousmane Dramé, Délégué général aux Affaires religieuses, a détaillé dans un entretien relayé par nos confrères de Sud Quotidien les contours de sa nouvelle politique d’insertion. L’objectif est clair : sortir de la logique d’assistance pour aller vers l’employabilité réelle, en activant des leviers financiers jusqu’ici inexploités par l’administration sénégalaise.
Cette nouvelle approche s’appuie sur une base légale précise. « Nous avons la possibilité, et le décret nous le permet, d’aller chercher des partenaires et de trouver des fonds pour le financement et l’insertion des diplômés en langue arabe », explique Djim Dramé. Cette prérogative transforme la DEGAR, qui passe d’un rôle de gestion administrative à une fonction de prospection financière active.
Une puissance du Golfe en ligne de mire
Si la méthode change, la cible est également identifiée. Le délégué général estime que la réciprocité doit prévaloir en matière de formation et d’insertion. Prenant exemple sur les modèles de coopération européens, il pointe spécifiquement l’Arabie Saoudite comme partenaire prioritaire pour cette nouvelle phase.
« Un pays comme l’Arabie Saoudite, qui a formé beaucoup de Sénégalais depuis 1960 et bien avant, pourrait contribuer à accompagner les Sénégalais formés dans le royaume », argumente-t-il. La stratégie consiste donc à solliciter Riyad pour qu’elle assure le service après-vente de sa formation académique par un accompagnement économique direct, une démarche que les autorités sénégalaises comptent formaliser.
500 millions déjà mobilisés sur le plan national
Cette recherche de fonds n’est pas qu’une projection théorique ; elle vient compléter des dispositifs nationaux qui ont déjà commencé à porter leurs fruits. Selon les données fournies par la DEGAR, une enveloppe de 500 millions de FCFA a déjà été débloquée par la Délégation générale à l’entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ) au profit exclusif de ces diplômés.
Ces financements ont permis de diversifier les profils d’activité, loin des salles de classe classiques. Des projets concrets dans l’agriculture et le commerce ont vu le jour, avec des résultats que Djim Dramé qualifie de « prometteurs ».
Vers une intégration institutionnelle accrue
Au-delà de l’aspect financier, le chantier de l’insertion passe par une reconnaissance institutionnelle. Des discussions sont en cours avec plusieurs ministères clés, notamment l’Agriculture, la Microfinance et l’Enseignement professionnel.
L’ambition affichée est également de faire sauter les verrous académiques. La DEGAR travaille à l’augmentation des quotas de professeurs d’arabe à la FASTEF, mais surtout à l’intégration des arabophones à l’École nationale d’administration (ENA) via la section diplomatique. Une manière de corriger ce que Djim Dramé considère comme une anomalie historique : « Les diplômés en langue arabe étaient une catégorie pratiquement marginalisée, oubliée depuis plus de 60 ans. »