Alors que le Sénégal affronte l’une des crises financières les plus graves de son histoire récente, le sommet de l’État s’est enfermé dans une bataille de pouvoir dont personne ne peut sérieusement prétendre qu’elle sert l’intérêt général. Depuis que le président Bassirou Diomaye Faye a saisi le Conseil constitutionnel contre la révision constitutionnelle votée le 29 juin, la crise a changé de nature, opposant désormais le chef de l’État à l’Assemblée nationale dirigée par Ousmane Sonko. Le 9 juillet, la haute juridiction a invalidé la loi n°18/2026 pour violation de l’article 82, alinéa 2, interdisant de voter des dépenses sans recettes, et pour refus illégal du vote bloqué.
Dans une analyse publiée par senegaldirect, le chroniqueur Tidiane Sall décrit une collision de trois crises qui dépasse le simple affrontement institutionnel. « Ce qui se joue à Dakar n’est pas une crise ordinaire. C’est la collision d’une crise de leadership, d’une crise de dette et d’une crise morale née de décennies de prédation », écrit-il, estimant que le Sénégal risque de manquer l’occasion historique de comprendre pourquoi la promesse de rupture s’est dissoute dans les vieux réflexes de conquête et de contrôle.
L’analyse distingue deux dettes : la première, visible, se mesure en milliards de francs CFA, en négociations avec le FMI et en obligations souveraines sous pression — après le départ d’Ousmane Sonko de la Primature fin mai, Morgan Stanley a alerté sur un risque de défaut accru. La seconde, invisible, est celle de la prédation. Elle se lit dans les villages sans électricité malgré les financements engagés, les équipements agricoles jamais livrés ou les contrats conçus pour servir des initiés. « La corruption n’est jamais abstraite. Elle finit toujours dans une salle de classe sans matériel ou dans une dette que des générations devront rembourser sans en avoir bénéficié », souligne Tidiane Sall.
Pour lui, l’enracinement de cette culture a préparé le terrain aux populismes. Ousmane Sonko n’a pas créé la crise, mais « il a fait le choix politique de transformer l’immense aspiration à la rupture en trajectoire personnelle de pouvoir, préférant le rapport de force à l’inventaire dont le pays avait besoin ». L’opposition, par la voix de Doudou Ka, a dénoncé dès le 27 juin un « coup d’État parlementaire » et appelé au boycott des députés. Selon Morgan Stanley, la probabilité d’un défaut de paiement de Dakar doit désormais être intégrée par les investisseurs.
