Détroit d’Ormuz : malgré le retrait de la menace armée, le texte de Bahreïn se heurte à un double veto à l’ONU

Le Conseil de sécurité des Nations Unies n’est pas parvenu à adopter la résolution visant à protéger la navigation commerciale dans le détroit d’Ormuz. Soumis au vote ce mardi, le texte proposé par Bahreïn a été bloqué malgré le soutien d’une large majorité des États membres.

Selon Al Jazeera, la Russie et la Chine ont exercé leur droit de veto pour faire barrage au document, qui a recueilli onze voix pour et deux abstentions. Moscou et Pékin ont justifié leur opposition en dénonçant un texte biaisé en défaveur de l’Iran. Le représentant chinois à l’ONU, Fu Cong, a estimé que l’adoption d’un tel projet enverrait un mauvais signal au moment où les États-Unis menacent « la survie d’une civilisation ».

La résolution visait à coordonner des efforts de nature strictement défensive pour garantir la sécurité maritime. Pour tenter de trouver un consensus, Bahreïn avait pourtant expurgé son texte de ses éléments les plus stricts. Face aux réticences chinoises lors des négociations, toute référence explicite au Chapitre 7 de la Charte des Nations Unies — qui autorise le recours à la force militaire ou aux sanctions — ainsi qu’aux mesures d’application contraignantes, avait été retirée du brouillon final.

Ce blocage diplomatique intervient dans un contexte de paralysie quasi totale de cette voie maritime stratégique, par laquelle transitait auparavant un cinquième des expéditions mondiales de gaz et de pétrole. Les menaces d’attaques de navires proférées par Téhéran, en riposte à la guerre lancée contre l’Iran par les États-Unis et Israël depuis le 28 février, ont provoqué une flambée mondiale des prix du carburant. Certains pays, particulièrement en Asie, ont même dû introduire des restrictions de consommation. La tension est d’autant plus vive qu’un ultimatum fixé par le président américain Donald Trump, exigeant la réouverture du détroit sous peine de bombardements intensifiés, expire ce mardi.

L’ambassadeur américain à l’ONU, Mike Waltz, a fermement condamné ce double veto, accusant l’Iran de tenir l’économie mondiale « en joue » et d’entraver l’acheminement de l’aide médicale vers les zones de crise au Congo, au Soudan et à Gaza. La France, par la voix de son ambassadeur Jérôme Bonnafont, a également déploré cet échec, rappelant que l’objectif était d’encourager des mesures purement défensives sans basculer vers l’escalade.

De son côté, l’ambassadeur russe Vassily Nebenzia a annoncé que la Russie et la Chine proposeraient prochainement une résolution alternative axée sur la sécurité maritime au Moyen-Orient. L’ambassadeur iranien, Amir Saeid Iravani, a pour sa part salué l’action de Moscou et Pékin, estimant qu’elle empêchait le Conseil de sécurité d’être « utilisé à mauvais escient pour légitimer l’agression ».

Cette impasse aux Nations Unies met en lumière la fracturation diplomatique autour de cette crise, alors que des initiatives parallèles tentent de s’organiser, à l’image de la coalition de 40 pays récemment formée par Londres pour tenter de sécuriser la zone en dehors du cadre américain.

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