Il est devenu courant de voir certains Sénégalais formuler des accusations, parfois même des insultes, à l’encontre de l’homo senegalensis en particulier, et de la société sénégalaise en général. Cette tendance à la diabolisation de notre propre société s’exprime avec encore plus de vigueur lors des périodes de malheur ou de deuil national.
La disparition brutale de la talentueuse et très appréciée actrice Halima Gadji a, une fois de plus, servi de prétexte à une vague de critiques acerbes. Pour beaucoup, la société sénégalaise serait une « société d’hypocrites », animée par une méchanceté intrinsèque, où les citoyens s’entre-déchirent dans ce que certains appellent le « Yakaneté ». À lire certaines publications, on a parfois l’impression d’évoluer dans une société hobbesienne où chacun cherche à nuire à son semblable.
Il convient pourtant de faire preuve de mesure. La quête effrénée de visibilité et de buzz pousse certains à jeter l’opprobre sur l’ensemble de la société, en généralisant des comportements pourtant marginaux. Certes, des attitudes condamnables existent et doivent être dénoncées, mais elles ne sauraient être élevées au rang de norme sociale ni servir à définir l’identité collective des Sénégalais.
Je demeure convaincu que la méchanceté n’est pas une caractéristique fondamentale de l’homo senegalensis. Sans minimiser les dérives observées — souvent amplifiées par les réseaux sociaux, qui favorisent l’anonymat et la déresponsabilisation — il est essentiel de rappeler que ces comportements vont à l’encontre des valeurs profondément ancrées dans la société sénégalaise.
Gardons donc la tête froide et le sens de la mesure. Accuser la société sénégalaise d’avoir contribué, de près ou de loin, à la mort de ses propres enfants relève d’une exagération dangereuse. Nos disparus n’ont pas besoin de controverses ni de procès sociaux. Ils méritent le respect, le recueillement et les prières.
Prions donc pour le repos de l’âme de notre bien-aimée Halima Gadji.
Mame Mor NDIAYE, professeur de philosophie au lycée de Ndiawdoune (Saint-Louis)