À 19 ans, Fatou a partagé des photos intimes avec une personne de confiance. Quelques clics plus tard, les images circulaient sur WhatsApp, sous les yeux de ses camarades et de sa famille. Les insultes ont suivi. Elle a fermé ses comptes, mais les photos n’ont jamais disparu. Trois ans après, sortir de chez elle reste une épreuve. Son histoire est devenue banale au Sénégal, comme l’a rapporté dakaractu.
En 2025, la Commission de protection des données personnelles (CDP) a traité 456 dossiers, dont seulement 20 plaintes formelles. Un écart vertigineux avec les chiffres de la police : depuis 2018, la division spéciale de lutte contre la cybercriminalité a enregistré près de 5 000 dossiers liés à la seule diffusion de vidéos intimes sans consentement, selon des sources concordantes. S’y ajoutent le harcèlement, l’usurpation d’identité et le chantage sur TikTok, Facebook, WhatsApp, Instagram, Snapchat ou X.
Les enfants, premières victimes
Une étude menée de janvier à novembre 2025 par le cabinet Bantare Impact Groupe pour l’UNICEF auprès de plus de 1 000 jeunes de six régions révèle que 60 % des enfants utilisent le web quotidiennement au Sénégal, et que 41,25 % des mineurs sont confrontés à des contenus à caractère sexuel, inadaptés ou violents. Par ailleurs, une enquête de la CONAFE-SN, l’UNICEF et Save the Children auprès de 1 149 enfants de 9 à 17 ans indique que 45,6 % déclarent avoir subi du cyberharcèlement, près de 4 sur 10 ont été exposés à des contenus inappropriés, et 40,3 % à de la prédation sexuelle en ligne. Derrière ces pourcentages, des enfants qui s’isolent, développent de l’anxiété, parfois des idées suicidaires. Le Sénégal compte plus de 8 millions d’internautes, dont 70 % ont moins de 25 ans.
Les plateformes agissent à leur échelle : entre début 2024 et mi-2025, TikTok a supprimé plus de 2,5 millions de vidéos au Sénégal et interrompu plus de 16 000 sessions en direct. Mais ces chiffres ne disent rien de ce qui continue de circuler sans être signalé.
Fatou a fini par porter plainte. Rien n’a abouti, mais elle dit avoir eu, pour la première fois, le sentiment d’être entendue. Aujourd’hui, elle accompagne d’autres victimes. En février 2026, la police a inauguré une plateforme nationale de signalement (signalementcyber.dgpn.sn) pour dénoncer une cyberinfraction de façon sécurisée et anonyme, avant d’éventuellement porter plainte. Le Commissaire Divisionnaire Moustapha Diouf, Directeur Adjoint de la Police judiciaire, a présidé la cérémonie de lancement, précisant que le signalement ne constitue pas un dépôt de plainte officiel. Par ailleurs, ONU Femmes Sénégal et le Remapsen ont initié un atelier sur l’écriture sensible au genre, avec un accent sur la cyberviolence. Fanta Sow Ndiaye a souligné que le lancement de la campagne à Gorée met en lumière les violences numériques, rappelant que les technologies deviennent des vecteurs d’humiliation.
