C’est une confrontation judiciaire inédite qui s’ouvre ce mardi devant la Cour supérieure du comté de Los Angeles. Pour la première fois, les géants de la technologie Meta, TikTok et YouTube vont devoir défendre leurs pratiques directement devant un jury populaire, dans un dossier portant sur les impacts de leurs plateformes sur la santé mentale des plus jeunes. Ce procès, qui pourrait durer jusqu’à huit semaines, est observé de près par l’industrie numérique mondiale, car il fait office de test pour des milliers d’autres procédures en attente.
Le choix des jurés, qui doit s’étaler sur plusieurs jours à raison de 75 auditions quotidiennes, marque le début d’une bataille juridique complexe. Si Snap Inc., la maison mère de Snapchat, a choisi de régler le litige à l’amiable la semaine dernière pour un montant non divulgué, les autres mastodontes du secteur, dont les dirigeants comme Mark Zuckerberg sont attendus à la barre, ont décidé de porter l’affaire au tribunal.
Au centre de l’accusation se trouve une jeune femme de 19 ans, identifiée par les initiales KGM. Selon les informations relayées par Al Jazeera, la plaignante affirme avoir développé une addiction à ces plateformes dès son plus jeune âge, ce qui aurait alimenté dépression et pensées suicidaires. L’angle d’attaque de ses avocats ne repose pas sur le contenu diffusé, mais sur la conception même des applications.
La plainte dépose une thèse précise : les entreprises auraient opéré des choix de design délibérés pour rendre leurs produits addictifs. Le texte de l’accusation établit une comparaison directe avec les techniques comportementales et neurobiologiques utilisées par les machines à sous et exploitées par l’industrie du tabac. L’objectif allégué serait la maximisation de l’engagement des jeunes pour stimuler les revenus publicitaires.
Cette stratégie juridique vise à contourner le premier amendement américain et la section 230, qui protègent habituellement les plateformes de toute responsabilité concernant les contenus postés par des tiers. En comparant les réseaux sociaux aux fabricants de cigarettes – référence aux procès historiques ayant abouti à un accord majeur en 1998 – l’accusation cherche à prouver une responsabilité directe dans la conception du produit.
Face à ces allégations, les entreprises technologiques contestent toute volonté de nuire. Elles mettent en avant les nombreuses mesures de sécurité ajoutées au fil des années, comme les ateliers pour parents sponsorisés par Meta ou les limites de temps d’écran proposées par TikTok. Leurs avocats soutiennent qu’elles ne peuvent être tenues responsables des contenus tiers.
Ce procès intervient dans un contexte de durcissement global de la régulation. L’Australie a récemment interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, tandis qu’en France, l’Assemblée nationale a voté lundi en faveur d’une interdiction pour les moins de 15 ans, un texte qui doit encore être examiné par le Sénat.