Pape Malick n’a que 12 ans, mais sa vie a déjà basculé. Rencontré dans une clinique ophtalmologique de Dakar, l’enfant a subi des dommages irréversibles à l’œil gauche après une conjonctivite mal soignée. Sa mère, abattue, raconte que son père, convaincu par un proche, a d’abord refusé l’hôpital pour consulter un guérisseur traditionnel. Talismans, décoctions et potions n’ont fait qu’aggraver son état. « Dire qu’il est définitivement perdu est peut-être encore prématuré, mais la rétine a été sévèrement atteinte », explique le médecin, comme le rapporte le journal Lesoleil.
Ce cas n’est pas isolé. Le médecin lance un cri d’alarme : « Notre pays est devenu une officine à ciel ouvert. À chaque coin de rue, quelqu’un prétend guérir toutes les maladies avec des amulettes ou des recettes miracles. » Les guérisseurs autoproclamés promettent des traitements contre l’hypertension, le diabète, l’insuffisance rénale, la cataracte, voire le VIH/Sida. Selon le praticien, les drames humains s’accumulent : décès évitables, handicaps irréversibles, familles brisées.
Le phénomène inquiète d’autant plus que ces guérisseurs ont trouvé un relais puissant dans les médias. Télévisions, radios et sites d’information diffusent des témoignages de personnalités et de journalistes affirmant avoir été guéris par ces « thérapeutes ». Une vidéo montre un journaliste déclarant : « Avec lui, tout a changé. Aujourd’hui, je suis totalement guéri. » Un communicateur traditionnel ajoute : « J’avais perdu espoir. Puis un ami m’a présenté ce marabout. Dieu merci, aujourd’hui je vais très bien. » Ces publicités déguisées en témoignages incitent les patients à abandonner leurs traitements médicaux, retardant les diagnostics et provoquant des complications irréversibles.
Un précédent inquiétant avait déjà été observé en avril 2026, lorsque la peur des arrestations avait provoqué un décrochage massif des patients VIH, qui cessaient leurs traitements antirétroviraux. Aujourd’hui, le charlatanisme médical amplifié par les médias constitue une nouvelle menace sanitaire. Face à cette situation, les autorités sont appelées à agir rapidement en encadrant strictement la publicité liée aux pratiques thérapeutiques non reconnues et en responsabilisant les médias qui diffusent ces contenus. Le médecin conclut : « Ce qui se passe est gravissime. »


