Canada : Au-delà du voile, les deux nouvelles interdictions que le gouvernement québécois veut imposer aux écoles et garderies

Le Canada s’apprête à commémorer le neuvième anniversaire de l’attaque meurtrière contre la mosquée de Québec, survenue le 29 janvier 2017. Si le gouvernement fédéral a institué cette date comme Journée nationale de commémoration, la réalité sur le terrain décrit une trajectoire différente. Loin de l’apaisement espéré après le drame qui a coûté la vie à six fidèles, les représentants de la communauté musulmane dénoncent une recrudescence des actes hostiles, alimentée par un durcissement législatif provincial.

**Un devoir de mémoire confronté à l’actualité politique**

Stephen Brown, directeur général du Conseil national des musulmans canadiens (NCCM), a profité de cette échéance pour rappeler, via Al Jazeera, que l’islamophobie au Canada « n’est pas bénigne » et qu’elle engendre des « conséquences réelles ». Neuf ans après la fusillade du Centre culturel islamique de Québec, considérée comme l’attaque la plus meurtrière contre un lieu de culte dans l’histoire du pays, les leçons du passé peinent à s’imposer durablement.

Selon M. Brown, l’élan de solidarité initial s’est effrité au profit d’un retour à une rhétorique politique ciblant les musulmans, particulièrement au Québec. Cette inquiétude se cristallise autour des initiatives du gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ), au pouvoir depuis 2018.

**L’extension du périmètre des interdictions**

Après l’adoption en 2019 de la loi 21, qui interdit le port de signes religieux à certains fonctionnaires en position d’autorité, l’exécutif provincial entend franchir une nouvelle étape. Le gouvernement a récemment présenté le projet de loi 9, visant à renforcer le modèle de laïcité de l’État.

Ce nouveau texte prévoit d’étendre l’interdiction des signes religieux aux écoles privées et aux garderies. Plus spécifiquement, la législation introduirait deux nouvelles restrictions majeures dans l’espace scolaire : l’interdiction de proposer des menus basés exclusivement sur des exigences religieuses (comme le halal ou le casher) et la proscription des « pratiques religieuses collectives », ciblant notamment la prière dans les lieux publics.

Jean-François Roberge, ministre responsable de la Laïcité, défend cette approche en affirmant que « les mêmes règles s’appliquent à tout le monde » et rejette toute intention discriminatoire envers les communautés musulmane ou juive.

**Une hausse chiffrée des incidents haineux**

Cette dynamique législative s’inscrit dans un contexte sécuritaire dégradé. Amira Elghawaby, représentante spéciale du Canada chargée de la lutte contre l’islamophobie, a souligné la persistance de la menace. Les données de Statistique Canada corroborent ce constat : l’année 2023 a enregistré 211 crimes haineux contre des musulmans signalés à la police, soit une augmentation de 102 % par rapport à l’année précédente. L’année 2024 confirme cette tendance avec 229 incidents recensés.

Pour l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC), qui conteste déjà la loi 21 devant la Cour suprême, ces nouvelles mesures « masquent la discrimination sous couvert de laïcité ». Harini Sivalingam, directrice du programme d’égalité de l’ACLC, estime que ces interdictions marginalisent de manière disproportionnée les minorités religieuses, et plus particulièrement les femmes musulmanes.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire