Bien loin du seuil critique des 15% fixé à Abuja, le taux réel d’investissement public qui invalide la rhétorique sur la souveraineté sanitaire

Le premier congrès scientifique du Syndicat des médecins privés du Sénégal (Sympes), qui s’est tenu du 21 au 24 janvier, a servi de tribune pour confronter les ambitions gouvernementales à la réalité comptable du secteur. Alors que la souveraineté médicale est régulièrement érigée en priorité nationale, l’expert en gouvernance sanitaire, Dr Farba Lamine Sall, a mis en lumière l’inadéquation structurelle entre les discours officiels et les moyens effectivement déployés par l’État.

L’analyse présentée lors de la conférence inaugurale révèle un décrochage significatif vis-à-vis des engagements internationaux du Sénégal. Selon les données exposées par le Dr Sall et rapportées par nos confrères du journal Le Quotidien, le budget alloué à la santé stagne, voire régresse depuis 2021, avec une accentuation du phénomène en 2023. L’écart se creuse dangereusement avec les accords d’Abuja, qui recommandent d’allouer 15% du budget national au secteur de la santé. Actuellement, les ressources mobilisées par l’État sénégalais restent inférieures à la barre des 5%, rendant le concept d’autonomie sanitaire techniquement inatteignable en l’état.

**Les ménages comme premiers bailleurs de fonds**

Ce désengagement progressif de la puissance publique a pour conséquence immédiate le transfert de la charge financière vers les citoyens. Les chiffres avancés par l’expert indiquent que 44% des dépenses de santé sont aujourd’hui supportées directement par les ménages sénégalais. Cette pression financière sur les familles contredit le principe même de souveraineté sanitaire, qui suppose un financement domestique structuré et non une ponction sur le pouvoir d’achat des usagers.

Outre l’aspect financier, cette sous-capitalisation affecte directement la qualité de l’offre de soins. Le Dr Sall note que 70% des usagers jugent l’accueil insuffisant dans les structures publiques. Cette crise de confiance alimente une double fuite : celle des patients vers des structures privées ou étrangères, et celle du personnel médical qualifié, poussé à l’expatriation faute de conditions de travail adéquates et de plateaux techniques performants.

**Nécessité d’un changement de paradigme**

Pour inverser cette tendance, l’expert préconise un réalignement budgétaire immédiat pour se rapprocher des normes d’Abuja et réduire le reste-à-charge des familles. Le diagnostic pose également la nécessité de passer d’une médecine curative à une approche préventive, tout en modernisant la gouvernance hospitalière. L’objectif est de transformer la perception de la santé par l’État, non plus comme une charge comptable, mais comme un investissement stratégique indispensable au développement, condition sine qua non pour que la souveraineté sanitaire dépasse le stade de l’incantation politique.

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