Benjamin Netanyahu au Liban : ce que les attaques changent dans le débat sur le Hezbollah

Au Liban, la prolongation du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran n’a pas mis fin aux frappes israéliennes dans le sud du pays, tandis que le Hezbollah continue de combattre les troupes israéliennes et que Beyrouth a accepté des négociations directes avec Israël pour tenter de mettre fin à la guerre et à l’occupation du sud libanais.

Pourquoi ces discussions divisent-elles autant à l’intérieur du Liban ? Parce que la population et la classe politique restent profondément partagées sur la question des négociations directes avec Israël. Le Hezbollah et ses partisans rejettent ce format et préfèrent des pourparlers indirects, alors que le gouvernement libanais subit des pressions américaines et israéliennes pour engager des discussions directes, avec même l’hypothèse d’une rencontre entre dirigeants libanais et israéliens.

Que disent les analystes sur l’objectif israélien ? Ils estiment que les attaques menées au Liban et la pression exercée pour désarmer par la force le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah alimentent les tensions internes. Michael Young, du Carnegie Middle East Center, affirme qu’Israël pousse des habitants chiites vers des zones où ils ne sont pas majoritaires afin d’accentuer les tensions confessionnelles et de mettre davantage de pression sur l’État libanais. Dans la même logique, il juge que l’objectif affiché de désarmer le Hezbollah reste flou, car l’armée libanaise ne peut pas le faire, tandis que l’armée israélienne a elle-même admis, dans le récit repris par Al Jazeera, qu’elle ne pouvait pas accomplir cette tâche sans prendre tout le Liban.

Quels faits récents nourrissent cette lecture ? Le 2 mars, Israël a intensifié sa guerre au Liban, après un accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024 et violé plus de 10.000 fois, d’après les Casques bleus de l’ONU cités dans la source. Le texte précise aussi qu’Israël a tué plus de 5.000 personnes au Liban depuis octobre 2023 et déplacé de force 1,2 million de personnes. Après la réponse du Hezbollah au meurtre du guide suprême iranien Ali Khamenei le 28 février, Israël a étendu ses frappes à Beyrouth et à d’autres régions. Puis, au moment où le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran a débuté le 8 avril, plus de 350 personnes ont été tuées en une journée au Liban, avec 100 attaques israéliennes en moins de dix minutes à travers le pays.

Comment cette pression se traduit-elle dans le débat intérieur ? Ces deux derniers mois, des responsables politiques pro et anti-Hezbollah ont multiplié les déclarations provocatrices dans les médias. Wafiq Safa et Mahmoud Qamati ont averti que les décisions du gouvernement libanais interdisant les activités militaires du groupe seraient renversées. Des députés chrétiens de droite ont, eux, tenu des propos saluant l’armée israélienne. La chaîne libanaise LBCI a aussi provoqué des réactions en diffusant un dessin représentant le chef du Hezbollah, Naim Qassem, et certains membres du mouvement sous les traits du jeu mobile Angry Birds. En retour, des partisans du Hezbollah ont publié sur les réseaux sociaux des images provocatrices du patriarche maronite Bechara Rai.

Que répond le camp proche du Hezbollah ? Le journaliste Qassem Kassir estime que ces provocations médiatiques participent à une campagne visant à déformer l’image de la « résistance » et à servir Israël et les États-Unis. Il ajoute que, malgré des réactions de partisans du Hezbollah visant le patriarche Rai, la direction du mouvement, le Conseil islamique chiite suprême et Dar al-Ifta al-Jaafari ont condamné ces publications. Sur un point, les deux lectures se croisent toutefois dans la source : Michael Young comme Qassem Kassir décrivent un climat de crispation, même si Kassir affirme que personne n’a aujourd’hui intérêt à provoquer une discorde ouverte.

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