Le gouvernement australien fait face à une vague de contestations émanant d’organisations de défense des droits humains concernant l’application de sa nouvelle législation sur les discours de haine. Adoptées dans le sillage d’une attaque meurtrière, ces mesures suscitent de vives inquiétudes quant à leur impact sur la liberté d’expression, particulièrement vis-à-vis des manifestants pro-palestiniens.
Récemment, dans l’État du Queensland, deux militants ont été arrêtés et inculpés pour avoir scandé le slogan « From the river to the sea » (De la rivière à la mer) ainsi que « Globalise the Intifada ». En vertu des nouvelles dispositions légales, ces expressions sont désormais interdites et exposent les contrevenants à une peine maximale de deux ans d’emprisonnement.
Le texte de loi, intitulé « Combatting Antisemitism, Hate and Extremism Act », a été adopté en urgence par le Parlement de Nouvelle-Galles du Sud. Cette accélération législative faisait suite à l’attaque perpétrée en décembre lors d’une célébration juive à Bondi Beach, à Sydney, qui avait coûté la vie à 15 personnes. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, Arif Hussein, avocat principal au Human Rights Law Centre de Sydney, souligne que la législation, par son ambiguïté, permet de réprimer les critiques à l’égard des opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza. Il pointe notamment l’absence de définition claire de ce qui constitue un « groupe de haine ».
L’application de cette loi s’accompagne d’un renforcement significatif des prérogatives policières à travers le pays. Dans l’État de Victoria, les forces de l’ordre peuvent désormais instaurer des « zones désignées » où elles disposent du pouvoir d’interpeller et de fouiller les citoyens de manière discrétionnaire. Récemment, un marché nocturne organisé à l’occasion du Ramadan à Melbourne a été classé sous ce régime. Nour Salman, représentante de l’Australia Palestine Advocacy Network, estime que cette approche normalise la surveillance des communautés musulmanes et palestiniennes jusque dans leurs espaces culturels.
La fermeté des autorités s’est également illustrée lors de la visite officielle du président israélien Isaac Herzog en février. Des milliers de manifestants rassemblés à Sydney ont été confrontés à des interventions policières musclées, incluant l’usage de gaz poivre et de violences physiques documentées par des vidéos. Ali Al-lami, un étudiant de 23 ans arrêté lors de ces rassemblements, a déclaré à Al Jazeera avoir subi des violences et des injures de la part des agents lors de son interpellation.
Parallèlement, des voix s’élèvent pour dénoncer une asymétrie dans le traitement des actes de violence. Des leaders autochtones, à l’image de Robbie Thorpe, s’indignent que les attaques menées par des groupes néonazis contre des sites sacrés aborigènes, comme le Camp Sovereignty à Melbourne, ne déclenchent pas la même urgence législative ni la création de commissions d’enquête royales.
Face aux critiques, le Premier ministre Anthony Albanese a défendu le nouveau cadre légal, affirmant qu’il vise à traiter simultanément la haine et la violence pour protéger l’ensemble de la société. Une position contestée par le sénateur David Shoebridge, porte-parole du parti des Verts, qui indique que la loi a été structurée de manière à protéger prioritairement une seule communauté, laissant d’autres minorités vulnérables face aux mêmes idéologies extrémistes.